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Lomé après la présidentielle: bonjour tristesse!

(mo5-togo.com,   Lomé, Togo, 11 mars 2010)


Lomé est plongée dans le calme ce mercredi 10 mars, hormis l‘attroupement de quelques militants et sympathisants de l‘UFC devant le siège du parti, non loin du quartier Bè. Contrairement aux petits heurts entre manifestants et forces de l’ordre ces deux derniers jours, la capitale reste étrangement calme. D’un calme plat. Les commerces ont ouvert et Lomé a retrouvé bizarrement ses allures habituelles avant la présidentielle.

Cependant, c’est la tristesse qui se lit sur les visages. Les gens sont très déçus du coup de force électoral de Faure Gnassingbé. Ceux qui ont eu le courage d’aller voter jeudi dernier pour le changement ne croient plus encore à une fin du régime des Gnassingbé par les urnes. «Ils sont là pour encore 50 ans», prophétise la mort dans l’âme un jeune commerçant à Dékon, un carrefour populeux de la capitale.

Mais le plus grand abattement, c’est chez les intellectuels qu’on le sent. «Ce n’est pas tant le vol de l’élection qui m’ennuie et m’écœure énormément mais c’est le fait que notre échec collectif me fait craindre le pire, l’impossibilité d’un réveil de ce pays un jour», dit un médecin gynécologue. Même au creux de la vague, un pays peut s’en sortir s’il a encore des ressorts moraux, des survivances culturelles qui peuvent un jour amener les plus hardis à aider la communauté à trouver une issue à la décadence dans laquelle elle est tombée. Or, les Gnassingbé et tous les arrivistes du clan ont étendu leur corruption morale sur tout le pays. «La jeunesse est l’avenir d’une nation, mais cette jeunesse est devenue tellement matérialiste, acquise à l’appât du gain facile que je vois mal comment elle pourra continuer le combat politique», affirme ce gynécologue.

Comme ce gynécologue déçu par la tournure des événements, beaucoup se demandent à quoi servirait la grande marche à laquelle le FRAC convie la population si le Front n’a pas les moyens de sa politique. «J’irai quand même à la marche, car c’est la seule manière de crier que nous en avons ras le bol», poursuit encore le médecin désabusé. C’est donc l’abattement général chez une population qui ne croit pas beaucoup aux chances de réussite du FRAC d’autant plus que la communauté internationale semble être contre le peuple togolais. L’Union Africaine (UA) continue sa basse manœuvre de protection du syndicat des dictateurs en reconnaissant la réélection de Faure Gnassingbé. Même le Bénin voisin s’est précipité comme le Burkina pour cautionner la supercherie électorale.

C’est un peuple meurtri qui ne croît même plus à l’arrivée d’un rédempteur.