À J-1 de la proclamation officielle par la cour constitutionnelle, la fatalité de la fraude gagne l'opinion togolaise.
Vous avez été 5320 à vous exprimer sur koaci.com entre le 6 et le 12 mars à la question: «La victoire de Faure au Togo vous parait elle?». 61.6% d’entre vous l’ont estimé «Frauduleuse», 16.8% «Normale», 11.6% «Contestable» et «Incontestable» à 10%.
La crainte d’une fraude massive au Togo exprimée lors d’un de nos sondages précédents qui faisait un parallèle avec le cas gabonais, est à la hauteur de la déception de tous ceux qui rêvaient d’un changement dans ce pays tenu depuis plus de quarante an par le camp Gnassingbé. Une des principales causes, l’important écart des résultats entre Faure et Fabre.
Si les analogies avec le Gabon sont évidentes au niveau du soupçon et des interrogations quant à la transparence du résultat final le cas togolais, lui, semble revêtir d’une non considération globale, la question de la transparence ayant été étouffée aux premières heures de la proclamation des résultats provisoires notamment par l’aval sur place des composantes de la communauté internationale.
À un jour d’une proclamation sans contestation juridique possible de la part de l’opposition, prise de court, affaiblie, divisée et privée par la force de preuve, de la victoire de Faure Gnassingbé par la cour constitutionnelle la fatalité de la fraude est quasi unanime dans l’opinion togolaise et la complexité de l’ensemble africain laisse perplexe le si peu des intéressés extérieurs sur la question togolaise sans compter l'approximation des médias extérieurs envoyés à la hâte sur place.
Les témoignages de fraudes sur le terrain arrivent tout droit de l’intérieur du pays, là ou les observateurs internationaux et les médias ne se sont pas déployés faute de difficultés logistiques, sanitaires et de communications liées aux particularités "occidentalement" difficiles mais localement banales. Ainsi nous découvrons que les représentants de l’opposition présents dans les bureaux de vote ne sont pas des membres des partis qu'ils représentent mais de simple citoyens triés à la va vite sur le volet pour remplir une tache bien souvent avec une finalité de simple signature de PV. Selon les témoignages reçus dans les différentes provinces parcourues après l’annonce du résultat provisoire, de la part des ces signataires, il est dur pour ceux qui se seraient adonnés, pour parfois dix mille francs CFA, d’aller à l’encontre de la responsabilité que leur incombe leur signature sur des documents officiels, annihilant ainsi toute dénonciation à «visage découvert» étouffant ainsi la contestation. La «proximité villageoise» et les craintes de répression font taire la aussi toute démarche de contestation. «On a pas envie d’avoir de problème ici» nous livre un des représentants de Kodjo Agbéyomé et non membre d’«Obuts» (parti de Kodjo Agbeyomé) d’un des bureau de vote à proximité de Sokodé (centre du pays) lors du scrutin qui nous avoue d'ailleurs avoir voté pour Agboyibo ajoutant «ici tout le monde se connait, on est pas en ville où on peu de cacher, si on parle on sait ou nous trouver donc on signe et on se tait comme à l’époque du père, le système est bien rodé, c’est comme ça…». Ce type de témoignages nous en avons reçu un bon nombre malgré la crainte, aucun n’ayant souhaité par contre s’exprimer à visage découvert devant notre caméra.
Le Togo coincés par cette suspicion n’a pas réussi à s’extirper de ce fléau psychologique contrairement à ses deux plus proches voisins le Bénin et le Ghana qui s’arriment à une dynamique de développement dans un contexte démocratique. L’heure du Togo n’est peu être pas encore arrivée.