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Le Togo dans l’attente d’un médiateur

(koaci.com,   Lomé, Togo, 14 mai 2010)


Absent à la cérémonie d’investiture de Faure Essozimna Gnassingbé II, alors qu’il était annoncé sur les médias publics parmi les Chefs d’Etat attendus à l’occasion, le Gal. Amadou Toumani Touré, a fait un passage éclair à Lomé en début de semaine, pour y rencontrer son homologue togolais. Auréolé d’une décision de ne pas tripatouiller la Constitution de la République du Mali, pour rempiler, le Président malien porte plus que jamais les boubous d’un probable médiateur dans la crise togolaise.

En effet, son voisin du Burkina-Faso qui jusque là assurait le rôle, s’est discrédité par une reconnaissance anticipée de la réélection de Faure Gnassingbé. Plus encore, au plan interne, Blaise Compaoré cherche à perpétuer son pouvoir, y compris en tordant le cou à la loi fondamentale de son pays, comme l’ont fait avant lui, d’autres dictateurs, plongeant leur pays dans des crises politiques aux conséquences désastreuses.

À son passage à Lomé, même s’il s’est défendu de n’avoir pas boycotté la cérémonie d’investiture de Faure Gnassingbé, le président Mali s’est abstenu dans son discours de provoquer l’opposition. «Les élections, sont les élections», a martelé le Gal. Toumani Touré, qui ne s’est juste privé que d’être plus explicite pour reconnaître, qu’«en Afrique, les élections sont les élections», histoire de relativiser ces succès sous les tropiques, dans certains pays en mal de dictature rampante.

L’essentiel du message du président malien a consisté à appeler les acteurs togolais, à la mesure et au dialogue. Une perspective incontournable d’autant que malgré la cérémonie d’investiture, les Togolais continuent par répondre aux appels à la résistance populaire, lancés par le Front républicain pour l’alternance et le changement (Frac), qui revendique la victoire de Jean-Pierre Fabre.

Une semaine après sa reconduction comme Premier ministre, Gilbert Fessou Houngbo n’a toujours pas encore formé son gouvernement. Si deux candidats malheureux (Lawson Nicolas et Bassabi Kagbara, arrivés aux dernières positions) lors de l’élection présidentielle, gardent un silence à l’issue de leur rencontre avec M. Houngbo dans le cadre des consultations, les plus importantes formations politiques de l’opposition (UFC et CAR), ont clairement exprimé à travers leur instance exécutive, leur refus d’entrée au gouvernement.

La tendance au Frac, est à la formation d’un Gouvernement de transition, dont le mandat sera en même temps que d’affronter les questions de développement, d’opérer des réformes en vue d’assurer la tenue d’élections régulières, équitables, démocratiques et honnêtes. Des élections locales sont annoncées pour 2011, alors que le mandat de l’Assemblée nationale actuelle, expire en 2012. Mais si la reconduction de Gilbert Houngbo est interprétée dans certains milieux comme étant une volonté de Faure Gnassingbé, de mettre en place un Gouvernement d’attente avant éventuellement de trouver un accord avec l’opposition, la persistance des violations des droits de l’homme, est interprétée comme un signe de résistance au sein notamment de l’armée.

En effet, de nombreux jeunes irrégulièrement détenus à l’occasion de l’élection présidentielle et lors des manifestations de contestations, croupissent encore en prison, en violation des lois. Ce matin, 43 jeunes comparaissant en correctionnelle et en flagrant délit pour constitution de groupement de malfaiteurs, ont été redéposés en prison alors que le juge a estimé que le Procureur s’est trompé en les poursuivant pour flagrant délit, sans preuves. Ces jeunes dont certains sont des élèves en classe d’examen, ainsi que bien d’autres détenus à la prison de Lomé et celui de Kara, sont considérés par les formations de l’opposition comme des prisonniers politiques, dont elles exigent la libération inconditionnelle.

Le silence de Faure Gnassingbé, face aux violences et bavures policières depuis le début de la contestation de sa réélection, inquiète. Certains l’interprètent comme étant la preuve que le «jeune» serait pris en otage par un clan de thuriféraires, composés de militaires et de civils aux intérêts égoïstes.