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Situation socio-politique tendue à Lomé

(koaci.com,   Lomé, Togo, 19 mai 2010)


Deux mois après la proclamation définitive des résultats de l’élection présidentielle du 04 mars, donnant Faure Essozimna Gnassingbé vainqueur, et deux semaines après la reconduction du premier ministre Gilbert Houngbo, le Togo n’a toujours pas de gouvernement. Les tractations continuent notamment entre le Chef de l’Etat et Gilchrist Olympio, pour une entrée au Gouvernement de Large Ouverture (GLO), des partisans du leader de l’Union des Forces de Changement (UFC).

En crise et divisé en deux camps depuis la substitution de la candidature de Jean-Pierre Fabre, à celle de Gilchrist Olympio, le parti est traversé par deux courants. Si d’un côté, Gilchrist Olympio président du parti négocie l’entrée de certains membres au sein du GLO annoncé par Faure Gnassingbé, de l’autre, le Bureau national du parti rassemblé autour de Jean-Pierre Fabre (le candidat) et le 1er vice-président, Lawson Patrick, ont annoncé clairement leur refus d’entrée dans ce Gouvernement.

Après un tour auprès du médiateur Blaise Compaoré, le leader de l’UFC a rencontré ce matin, Faure Gnassingbé à Lomé. La rumeur fait état de huit ministères qui seraient accordés aux partisans de l’ancien opposant emblématique. Suite à ces rumeurs, le domicile de Gilchrist Olympio à Lomé, a été assailli par des militantes du parti, aux environs de 16 heures. Devant le portail resté hermétiquement fermé et gardé par des éléments des forces de l’ordre, les femmes crient leurs désapprobations vis-à-vis du comportement de M. Olympio.

«Nous ne voulons pas de ce cadeau empoisonné du RPT. S’ils estiment avoir gagné avec près de 61%, ils n’ont qu’à aller former leur gouvernement. Nous nous continuerons par revendiquer la victoire de notre candidat, Jean-Pierre Fabre», explique Jeanne en sueur, un pagne solidement ceint à la taille. «Nous n’avons pas voté pour Gilchrist et il ne lui appartient pas de prendre seul, la décision d’entrer ou non au gouvernement de Faure Gnassingbé».

Certaines femmes, des revendeuses du grand marché pour la plupart, ont réussi à s’introduire dans la villa. «Il ne veut rien comprendre», a lâché l’une d’elle au sortir des chaudes discussions avec Gilchrist Olympio. «Il parait que son deal avec Faure Gnasingbé, date de 2005, avec comme parrain Obasanjo», avance une autre. «Nous continuerons la lutte», lance une autre. La centaine de femmes, ont un moment obligé les forces de l’ordre à bloquer la circulation. Les taximotos, «Zémidjans», se sont également mêlés à la foule. Vers 18 heures, les forces de sécurité ont dispersé la foule. M. Olympio a alors fait appel aux membres du Bureau national de l’UFC, dont Jean-Pierre Fabre et Patrick Lawson, pour échanger sur la situation. La concertation avait cours jusqu’à 19heures, au moment où nous quittions, les lieux.

Pendant que les femmes grognaient devant le domicile de Gilchrist Olympio, devant le Palais de justice également, des parents de détenus politiques manifestaient leur courroux. Alors qu’ils avaient fait le déplacement pour assister au procès de leurs parents arrêtés suite aux affrontements entre forces de l’ordre et des manifestants dispersés lors d’une séance de prières, ces derniers n’ont pas été amenés de la prison au Palais. «Mon mari était au lit. Il disait qu’il ne voulait pas de problème. Mais ils sont rentrés et l’ont amené en caleçon. Ce n’est que le lendemain que je lui ai apporté une culotte dans les locaux de la police», raconte une jeune dame enceinte de cinq mois.

«Mon fils est malade, il est devenu méconnaissable. Ses pieds sont enflés dans sa détention», déplore un vieillard qui dénonce tout comme une autre dame, la rackette dont ils font l’objet de la part des agents pénitenciers. «Chaque jour, il faut dépenser 6 à 800 francs Cfa, avant de pouvoir discuter avec votre enfant», révèle une dame. Comme une meute d’affamés, tous crient leur détresse et annoncent qu’à cette allure, ils iront tous rejoindre leurs enfants en prison. Un avocat contacté nous a expliqué que le procès est renvoyé sine die, aux derniers moments. La libération de ces personnes est l’une des exigences du Frac.

Dans l’ensemble, la situation est explosive. Tout incident dégénère en émeute. Après celui du 08 mai, où la mort d’un taximoto, attribuée aux policiers qui le poursuivraient, a débouché sur une émeute à Nyékonakpoé, le dérapage d’un camion qui a échoué dans une station d’essence, suite une à course-poursuite des policiers, a provoqué une émeute entre jeunes et forces de l’ordre, à Tokoin-Casanblanca. Cette tension monte avec les rumeurs sur les tractations visant à débaucher des membres de l’opposition pour former le Gouvernement Houngbo II, au lieu d’ouvrir un dialogue sérieux en vue d’un règlement profond et durable de la crise, née de l’élection présidentielle 2010.

Le pouvoir use des méthodes qu’on croyait révolu. Des médias proches du pouvoir ont récemment repris une conférence de presse donnée par un membre de OBUTS, fustigeant le comportement de Agbéyomé Kodjo. Selon M. Vidada Gaston, les membres de l’instance directive du parti se sont largement prononcés pour une entrée au Gouvernement, contrairement à la thèse soutenue par le président du Parti. Une allégation que dément l’ancien Premier ministre brandissant le procès-verbal d’une réunion tenue à ce sujet. Mais dans la journée, la vice-présidente, Mme Codjie, somme Agbéyomé Kodjo, de revoir sa position sinon, elle démissionne du parti. Quatre autres démissions sont annoncées au sein du directoire de OBUTS.