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Jean-Pierre Fabre: «Olympio a demandé de me présenter comme candidat indépendant»

(mo5-togo.com,   Lomé, Togo, 31 mai 2010)


Inutile de dire que la crise à l’UFC est profonde. Ce qui s’y passe en réalité, c’est une mutation véritable, un passage d’un leadership historique et hégémonique à un leadership moderne et dynamique. C’est la fin d’une histoire, d’une époque qui est en train de s’écrire. L’UFC était en réunion ce matin à son siège. Comme d’habitude, les militants étaient présents massivement. Le président national et les AGO furent absents, signe évident de leur exclusion. Le successeur potentiel de Gilchrist Olympio, Jean-Pierre Fabre à qu’il voue une haine inextinguible, s’est ouvert en exclusivité à la rédaction du MO5-togo.com et revient sur certaines péripéties qui sous-tendent la crise de succession dans le plus grand parti de l’opposition togolaise.

MO5-togo.com: Depuis deux mois, vous êtes dans la rue en train de revendiquer «votre élection» à la présidentielle de mars 2010. Quel bilan faites-vous de cette stratégie de la rue?

Jean-Pierre Fabre: Un bilan très positif. Les populations ont compris la nécessité de mettre la pression sur le pouvoir en place pour récupérer la victoire dont nous avons été spoliés. Et les samedis, la foule qui se presse aux manifestations montre que le peuple veut sa victoire. Le samedi dernier par exemple, compte tenu du contexte de l’actualité politique, de la formation du gouvernement et de l’exclusion temporaire de Monsieur Gilchrist Olympio et de ses comparses, la mobilisation s’est multipliée par deux, voire trois. Donc pour nous le bilan est largement positif.

MO5-togo: Mais vous n’avez pas encore le pouvoir!?

J-P. Fabre: Je suis une personne très patiente et je sais quand on s’élance dans une course de fond, il ne faut pas faire preuve de précipitation. Nous allons à notre rythme et pensons que le résultat sera au bout.

MO5-togo: Après l’exclusion provisoire de Gilchrist Olympio et de ses ministres du gouvernement, qu’allez vous faire du parti maintenant que vous l’avez en main?

J-P. Fabre: Non, c’est exagéré de dire que j’ai le parti en main (Rires). Ce n’est pas Jean-Pierre Fabre qui a exclu Gilchrist Olympio. Je n’en ai nullement le pouvoir. C’est le Bureau National qui décide de l’orientation politique et qui est l’instance de décisions. Contrairement à ce que pense Gilchrist Olympio et son entourage, le Président national ne peut pas exclure le secrétaire général et le Secrétaire général ne peut pas exclure le président national. Quand il dit que lui peut m’exclure et moi non, il se trompe lourdement. L’organe de décision du parti est le Bureau national. Le président est membre du bureau national, il n’est pas au-dessus du Bureau national pour opérer des choix, tout seul. Le problème qui se pose à nous, c’est le fonctionnement démocratique de nos partis politiques. Le chef du parti ne peut pas décider tout seul du fonctionnement, des orientations du parti. La question qui s’était posée à nous, est s’il fallait laisser Gilchrist Olympio continuer ces dérapages, de décider tout seul des orientations du parti. La réponse est non.

MO5-togo: Envisagez- vous de négocier avec Gilchrist Olympio ou le RPT ou allez-vous continuer à marcher?

J-P. Fabre: Nous continuerons les manifestations. La formation de ce gouvernement est un non-événement, ça n’apportera aucune solution à la crise. Nous n’avons pas à négocier avec M. Olympio qui ne nous laisse le choix que de combattre ce qu’il fait. Il n’a pas notre soutien et n’a le soutien de personne. S’il avait voulu qu’on discute, on pourrait discuter mais à partir du moment où la section des Dames de l’UFC, la section des femmes de l’UFC, une section importante, qui lui a toujours été fidèle, s’est portée chez lui dans sa maison à Tokoin et lui manifesté sa désapprobation, il n’y a plus rien à faire. Cette section lui est unanimement hostile. Il en est ainsi des fédérations. Mais il est passé outre et n’a voulu rien entendre. Nous n’irons pas négocier avec lui. Nous sommes tout aussi persuadés que lui, la solution de cette affaire réside dans l’organisation rapide d’un congrès.

MO5-togo: Vous gagnerez le congrès? Gilchrist Olympio dit qu’il a le soutien des fédérations.

J-P. Fabre: Bien sûr que nous gagnerons. On n’a aucune crainte d’aller à un congrès. Ils ont extorqué des signatures aux fédérations, je préfère taire la confusion qu’il a semée avec cette histoire d’adhésion des fédérations. De toute façon, s’il prétend avoir le soutien des fédérations, on devrait s’entendre rapidement pour aller au congrès.

MO5-togo: Les conflits entre M. Olympio et le Bureau national ont commencé bien avant la présidentielle. Pourquoi avoir attendu si longtemps avant de l’exclure?

J-P. Fabre: Il y a une bonne raison à tout cela. M. Olympio a, il est vrai, une attitude rétrograde voire anachronique totalement incompatible avec la direction d’un parti moderne. Mais on s’en accommodait parce que l’enjeu, très important, c’est le changement, c’est-à-dire bouter hors du pouvoir Eyadema, Faure Gnassingbé et le système RPT. Quand tout sera fini, on pourra alors s’occuper de son attitude hautaine, de sa propension à penser qu’il peut diriger tout seul le parti, de son anomalie de leadership. Mais de là à dire que le conflit est vieux, c’est un peu exagéré. Il y a en fait trois ans que M. Olympio a commencé à se méfier de certains d’entre nous, mais cela ne nous a pas empêchés de le désigner unanimement président national au Congrès de 2008 et candidat à la présidentielle parce qu’il n’y avait aucun problème de fond. Le seul problème aujourd’hui, c’est que M. Olympio n’est pas allé à l’élection présidentielle et il en a conçu une grande amertume et je crois qu’il se venge pour cela.

MO5-togo: Il ne vous pardonne pas de lui avoir fait un coup.

J-P. Fabre: C’est avec ça qu’il sème la confusion dans les esprits. Je ne lui ai pas fait un coup. C’est inexact, pour être courtois. En quoi lui ai-je fait un coup? Ce n’est tout de même pas moi qui l’ai poussé dans les escaliers à New York ou à Washington! Ce n’est pas moi qui l’ai empêché d’aller aux élections. Quand il dit que je lui ai fait un coup, ça voudrait dire que quand il est tombé, il ne fallait pas choisir quelqu’un pour le remplacer. C’est ça le fond du problème de M. Olympio.

Quand il est tombé et a une fracture de la vertèbre cervicale C1 comme l’atteste son certificat médical, la preuve qu’il ne pouvait pas aller aux élections parce qu’il ne pouvait pas satisfaire à deux conditions de la présidentielle: l’attestation de signature devant la Cour constitutionnelle et le certificat médical. Savez-vous que M. Olympio a créé une jurisprudence en matière de certificat médical puisqu’en 1993, il a présenté un certificat médical signé par deux médecins étrangers qui ne sont pas ceux autorisés par l’État togolais et il n’avait pas été retenu pour ce fait là. Est-ce de ma faute, si cette fois-ci encore il ne pouvait pas présenter de certificat médical? La seule faute que j’ai commise à ses yeux, c’est d’avoir accepté d’être désigné candidat pour le remplacer.

En fait son discours n’est que celui d’une stratégie savamment orchestrée à partir d’éléments faux pour diviser le parti, le détruire, et fonder un nouveau leadership à partir de ses ruines. Il veut juste reprendre la main parce qu’il a vu que le Bureau national lui échappe.

MO5-togo: C’est comme ça que vous expliquez sa stratégie d’aller au gouvernement?

J-P. Fabre: Bien entendu. Écoutez, il a raconté sur les médias que c’est à travers les ondes qu’il a appris ma désignation comme candidat de l’UFC. À une réunion ici au siège, je lui ai dit que cela nous honorerait tous qu’il arrête de dire de telles contrevérités. Il sait très bien que l’après-midi du 15 janvier, où on l’avait appelé que son dossier venait d’être rejeté et que j’ai été désigné comme candidat à sa place, il a dit que si Jean-Pierre veut être candidat, qu’il se présente comme indépendant!

Inutile de polémiquer car l’enjeu dépasse ces petites querelles de personnes, mais il faudrait arrêter de dire des inexactitudes. Il a dit qu’on a exclu Jean-Claude Homawoo à son insu mais il a oublié avoir appelé Patrick Lawson pour lui dire son opposition et le 1er vice-président lui a déclaré que cela se ferait sans faute.

Il a dit qu’il a été informé par téléphone de ma candidature. Mais savez-vous, que M. Olympio m’a dit devant Agboyibo d’aller informer le Bureau national que compte tenu des informations qui lui parviennent, d’apporter le soutien de l’UFC à Me Agboyibo qui est plus âgé que moi, plus expérimenté que moi, qui est le président du plus grand parti de l’opposition après l’UFC et que les résultats des dernières législatives ne reflètent pas la valeur sur le terrain.

MO5-togo: Que pensez-vous alors de sa stratégie de partage du pouvoir avec le RPT?

J-P. Fabre: Tout d’abord, il n’y a pas de partage du pouvoir. Il ne faut pas mélanger le faux et le vrai et savoir distinguer le faux du vrai. L’UFC et le RPT ne se partagent pas le pouvoir aujourd’hui au Togo. Vous savez, il pratique la méthode Coué. À force de le répéter plusieurs fois, il finit par s’en convaincre qu’il partage réellement le pouvoir avec le RPT.

Et puis, Gilchrist Olympio n’est pas le propriétaire de la lutte, c’est le peuple togolais qui est dépositaire de la lutte. Quand le peuple veut se débarrasser du pouvoir, il faut suivre ses aspirations. M. Olympio symbolisait les aspirations du peuple jusqu’à présent et nous l’avons toujours suivi. Moi-même sans calcul, je ne rêvais que d’une chose: que M. Olympio soit président de la République. En toute modestie, je suis sincère dans ma lutte, on ne peut pas me faire le reproche de jouer en eau trouble. Hier encore il nous disait de combattre Eyadema et nous l’avons suivi, aujourd’hui il nous dit de ne pas combattre Faure Gnassingbé. Le Bureau national n’a pas l’impression que c’est cela les aspirations du peuple. Il est seul contre le Bureau national.

Si Monsieur Olympio pense qu’après les élections, les résultats ne sont pas fameux et qu’il peut aller se reposer, qu’il aille se reposer, nous autres ne sommes pas fatigués et avons toujours l’énergie nécessaire pour combattre le RPT et donner au peuple togolais l’alternance et le changement auxquels il aspire tant.

MO5-togo: Êtes-vous certain que la marche va aboutir? Vous n’arrivez pas à marcher à l’intérieur du pays.

J-P. Fabre: Malgré la répression du pouvoir pour nous empêcher de manifester à l’intérieur du pays, nous allons aboutir à la réussite du projet. Nous avons d’autres stratégies que la marche et les veillées de prière.

MO5-togo: Comment se porte le FRAC et pourquoi Dahuku Péré ne vient plus aux manifestations du FRAC?

J-P. Fabre: Il faut poser cette question à Péré (Silence). Il ne m'a pas informé d’une quelconque défection. Nous, nous savons que le FRAC est la meilleure chose qui puisse arriver ces temps-ci au Togo. On ne s'en plaint pas à l'UFC.

MO5-togo: Nous vous remercions.

J-P. Fabre: Je vous en prie, c’est moi!