Le parti d’Agbéyomé Kodjo a été dissous aujourd’hui par le juge Pawélé Sogoyou, la classe politique s’attendait évidemment à un tour de passe passe juridique dont est coutumière la justice togolaise. Un juge aux ordres vient de commettre contre le bon sens un déni de droit: la dissolution d’un parti parce que 7 de ces membres fondateurs sur 45 ont démissionné.
«Eh oui, ils l’ont fait, ils ont franchi le rubicond», a déclaré Agbéyomé Kodjo au téléphone à la rédaction de MO5. «Mon conseil s’attelle ce soir à interjeter appel», a dit le leader d’OBUTS. «Nous ne saurons accepter qu’un parti reconnu par la Cour constitutionnelle soit dissout comme cela par un juge d’une juridiction inférieure», a ajouté M. Kodjo.
Dans un communiqué publié ce vendredi, OBUTS parle «d’une journée funeste pour la démocratie et la liberté d’expression au Togo». Pour le parti, le jugement rendu par le juge Pawélé Sogoyou «vient d’apporter la preuve éclatante de l’absence totale de séparation des pouvoirs exécutif et judiciaire au Togo».
Pour Agbéyomé Kodjo, il s’agit d’un procès politique fait à son parti en raison de ses engagements pour mettre en lumière «la vérité des urnes et des comptes publics» entrepris depuis le 4 mars 2010, jour du scrutin présidentiel.
Agbéyomé Kodjo qui a reçu un soutien massif des sympathisants hier au tribunal et aujourd’hui malgré la pluie sur la capitale, appelle les Togolais à «rester déterminés et à manifester encore plus nombreux pour exiger le rétablissement d’OBUTS dans ses droits».
En rappel, le jugement de dissolution à été rendu suite à la demande de 7 membres fondateurs démissionnaires. Les Sept, conduits par l’ex porte-parole Kodjo Vidada, avaient exigé en vain la participation d’OBUTS au gouvernement Houngbo II. Ils fondent leur demande sur la charte des partis politiques qui exigent à ce que les 2/3 des membres fondateurs soient originaires d’au moins 21 préfectures sur 30 du Togo. Pour eux leur démission entraîne de facto le déséquilibre régional ou ethnique en règle dans la charte.
Agbéyomé Kodjo a répondu que le parti étant déjà reconnu officiellement, une démission d’un quelconque membre fondateur du parti ne saurait entraîner sa dissolution.
Cette situation intervient dans un contexte de crise politique exacerbée, où le FRAC et l’OBUTS, son associé, organisent des manifestations pacifiques pour chasser Faure Gnassingbé du pouvoir. Dans le même temps, la gendarmerie nationale a demandé la levée de l’immunité parlementaire du vice-président de l’UFC, Patrick Lawson, dans une affaire également abracadabrantesque. L’opinion s’est depuis la présidentielle radicalisée et l’intolérance est grandissante. Il faut croire que les dirigeants actuels au pouvoir ont beaucoup d’amour pour leur pays pour jeter de l’huile sur le feu.
Le FRAC et OBUTS seront demain dans la rue dans le cadre de leur marche de contestation hebdomadaire du pouvoir de Faure Gnassingbé.