Le palais de justice de Lomé est ses alentours avaient des airs d’un état de siège ce matin. Un massif déploiement d’éléments de la gendarmerie, entourait les lieux pour canaliser le déferlement en continue des manifestants, venus soutenir le leader de l’Organisation pour Bâtir dans l’Unité un Togo Solidaire (Obuts), Agbéyomé Kodjo. La nouvelle de ce procès ayant fait le tour de la ville et ameutée les Togolais, hantés par un spectre d’un retour au parti unique.
Le face à face, manifestants et forces de sécurité, a duré tout le long de l’audience. Les éléments de gendarmerie empêchant les Loméens venus assister à cette audience publique, d’avoir accès à la grande salle d’audience du palais de justice. Venus avec des pancartes dénonçant les tentatives du pouvoir, de dissoudre Obuts, les militants et sympathisants de l’Obuts, n’ont pas voulu se laisser faire, mais ont été contenues avec beaucoup de tact, par les éléments de sécurité.
Dans la salle, l’ancien Premier ministre Agbéyomé Kodjo, entourés de certains de ses collaborateurs, attendaient patiemment. La salle était pleine. Du dehors, on entendait des chansons populaires appelant à la mobilisation. L’Hymne national «Terre de nos Aïeux» était régulièrement entonnée et repris en chœur de part et d’autre du cordon des forces de sécurité. «Nous sommes prêts à mourir pour sauvegarder le multipartisme au Togo», déclame un jeune survolté au sein de la foule.
La colère des manifestants montaient de plus en plus. Certains sont allés casser des cailloux, prêts à en découdre. L’atmosphère rappelait cette fameuse et historique du 05 octobre 1990, date du déclenchement de la révolte populaire, en faveur du multipartisme et la démocratie. Ce jour, un procès était fait à des Togolais pour confection de tracts diffamatoires à l’égard de feu Gnassingbé Eyadéma et son pouvoir. Jusque là apparemment résignés, les Togolais avaient défié ouvertement le régime dictatorial alors en place.
Vers 9h30, le dossier est enfin appelé. Le public se montre discipliné et très attentif. S’engage aussitôt un débat autour de la procédure, entre les avocats de Agbéyomé Kodjo et ceux de Gaston Vidada (exclu pour faute grave) et Mme Codjie (démissionnaire), qui réclament la dissolution du parti. Le conseil de l’ancien Premier ministre, fustigeait la citation du Ministère de l’Administration du Territoire, comme partie au procès, contrairement aux deux parties au départ.
Après les échanges, ponctués par les cris de l’assistance pour ovationner la pertinence des arguments de l’Avocat de Agbéyomé Kodjo, le président de la Cour, décide d’une suspension. À la reprise, les deux avocats ne s’accordent toujours pas sur la procédure. Ce qui va amener finalement le juge à reporter la séance au 22 juin 2010.
Mais à sa sortie de la salle, le président de Obuts est obligé par les manifestants, à se rendre à pied à son domicile. Accompagné par une foule chantant et maugréant contre le pouvoir, Agbéyome Kodjo parcourt la Ville de Lomé jusqu’à son domicile. Sur le trajet, les populations lui manifestent leur soutien et sympathie.
Le rendez-vous est pris à nouveau pour le 22 juin, pour ce procès dont peu de Togolais comprennent l’opportunité.