Sans l’avoir dit ouvertement, le FRAC a dévoilé sa stratégie de conquête du pouvoir lors de sa treizième marche de contestation du pouvoir de Faure Gnassingbé et de revendication de la victoire pour Jean-Pierre Fabre, le candidat de l’UFC à la présidentielle du 04 mars dernier.
À chaque marche, il y a de plus en plus de soutien d’organisations de femmes. Aujourd’hui celles de Nukafu, quartier de Lomé et de Tsévié, chef-lieu de la préfecture de Zio.
Les femmes de Nukafu, particulièrement percutantes ont porté Jean-Pierre Fabre au pinacle: «si ce que vous faites maintenant, si on l’avait fait en 2005 à la mort d’Eyadema, on en aurait fini il y a longtemps avec cette dictature», a affirmé la présidente des femmes UFC de Nukafu. «Aujourd’hui, nous avons soif d’un nouveau président, c’est pour ça que les marches ne doivent pas s’arrêter», a-t-elle ajouté.
Quant à la présidente de la délégation des femmes de Tsévié, elle s’est dite surprise de l’attitude de Gilchrist Olympio dont le refus de la victoire en 1998 avait coûté la vie à son mari, mort d’une crise d’ulcère par dépit.
Les principaux leaders du FRAC étaient présents, exception faite de Koffi Yamgnane, toujours en France et dont l‘absence prolongée inquiète bon nombre de militants qui commencent à se poser des questions. L’actualité politique a constitué le menu du meeting de la plage: la recomposition du bureau national de l’UFC par Gilchrist Olympio et le procès contre Obuts.
Agbéyomé Kodjo est le premier leader à intervenir. Le président d’OBUTS est parti d’un paradoxe pour dire pourquoi la victoire sera du côté «du peuple»: «Nous sommes la lumière, ils sont l’obscurité», a-t-il affirmé pour dire qu’il n’a «pas peur du procès qui aura lieu mardi prochain contre son parti. Ils ont peur de ce que nous faisons ici, des marches et des veillées de prière, c’est pour ça qu’ils veulent dissoudre OBUTS, mais OBUTS a été fondé dans une église et on ne tue pas un enfant de Dieu». Selon lui, le mécontentement est grandissant dans le pays et cela montre que les «dirigeants sont des incapables». «Il est quand même incompréhensible qu’en cette période, le gouvernement augmente encore les prix des produits pétroliers». Il soutient la grève de trois jours des hospitaliers qui va commencer mardi prochain.
Tchaboré Gogué de l’Addi, et Patrick Lawson, vice-président de l’UFC se sont appesantis sur la hausse du prix de l’essence, qui passe de 505F à 600F. «Il y a ce qu’on appelle la caisse de la péréquation. Et il devrait y avoir beaucoup d’argent dans cette caisse à l’heure qu’il est pour qu’on ne nous parle d’augmentation du prix de l’essence. En réalité, cet argent a servi d’autres intérêts personnels», a dit Gogué. Pour Patrick Lawson «Dieu a donné au Togo trois choses principales: les phosphates, le café et le cacao. L’eau en bonus, a-t-il ajouté ironiquement. Les phosphates, on l’a gaspillé. Le café et le cacao, on l’a mal géré également. L’eau, il y en a maintenant plein à Lomé de telle sorte que nos dirigeants vont devoir transformer Lomé en Venise et il ne leur manquerait plus qu’ils achètent des pirogues pour chaque citoyen pour vaquer aux occupations», a ironisé le député UFC des Lacs.
Revenant sur la situation de son parti, le vice-président de l’UFC a dit qu’il y aura des révélations au congrès de juillet. «Il y a beaucoup de choses dont on ne parle pas, mais on le dira au congrès quand on se mettra pour régler la crise. Ce qui s’est passé depuis le 13 janvier jusqu’au 16 février, et après on le dira», a-t-il déclaré.
Jean-Pierre Fabre est le dernier à prendre la parole, comme toujours. Il sonne la mobilisation partout, autant des associations féminines que des organisations masculines. Il s’est exprimé sur l’actualité de l’UFC. «Il est quand même impensable que l’état de droit et l’idéal de démocratie pour lesquels nous luttons, que ces principes soient bafoués par des gens qui ont milité dans nos rangs. Un seul homme ne peut jamais dissoudre le bureau d’un parti et en recomposer ce bureau. Un bureau est élu par un congrès et ne sort pas de la tête d’un seul individu. Ce qui se passe à l’UFC est grave, certes, mais très minime. Et la plupart des gens militants le comprennent très bien. Puisque, tous sont ici, y compris presque la totalité des députés. Nous n’avons pas fondé l’UFC pour être des clowns du RPT. Le problème, c’est qu’il est arrivé qu’un dirigeant a fait un accident et depuis ce jour-là, des problèmes ont commencé à surgir», a dit Jean-Pierre Fabre. Et il a conclu avec cette sentence: «le chien rêve mais son rêve reste dans son ventre», pour dire que la crise que traverse son parti ne mérite même pas qu’on en parle trop.