Trois jours après l’annonce de la hausse des prix des produits pétroliers, Lomé a connu une situation insurrectionnelle dès ce matin. Face à la démission des syndicats des conducteurs, qu’ils estiment inféodés au pouvoir, des chauffeurs ont appelé à une manifestation de protestation contre la hausse des prix des produits pétroliers. «Déjà tout est cher, nos clients n’arrivent pas à prendre les taxis et on augmente encore les prix de l’essence. On ne va pas accepter cela», explique un chauffeur.
Tôt le matin, le mouvement a commencé dans les quartiers de la banlieue nord de la capitale. Des quartiers pourtant réputés comme étant des fiefs du parti au pourvoir.
Vers 8 heures, le mouvement se répand aux quartiers du centre ville. Tout le long de la route de Kpalimé, des jeunes ont érigé des barricades de fortune. La circulation était bloquée à plusieurs endroits de la capitale. Des fonctionnaires en retard, sont empêchés de se rendre à leur lieu de travail. Des manifestants n’ont pas hésité à s’en prendre aux engins de ceux qui persistaient à passer, malgré les barricades. Des jeunes sans distinction de profession, se sont mêlés de la partie.
Au quartier Bè, réputé fief de l’opposition, les femmes revendeuses ont déserté le marché. Impossible de circuler à moto ou en voiture. En un temps record, toute la ville est contaminée par le phénomène. Parti pour être une manifestation contre la hausse des prix des produits pétroliers, le mouvement glisse rapidement vers une contestation politique du régime. «Faure doit partir. Nous n’avons pas voté pour lui», s’esclaffe un jeune à notre arrivée à une barricade à Nyékonakpoé.
Devant le ministère des droits de l’homme qu’occupe Mme de Souza, issue des rangs des «Amis de Gilchrist Olympio», les manifestants ont déversé des ordures. De retour d’une séance d’entrainement, les joueurs de la sélection nationale ont été contraints de marcher à pied sur des kilomètres, pour rejoindre leur hôtel. La route étant bloquée par des barricades.
Pour cette seule journée, on enregistrait trois mouvements sur le front social. Le débrayage des agents de sécurité de la société de téléphonie mobile, Togocell. Un mouvement dispersé par les forces de sécurité, à coup de gaz lacrymogène. Celui des médecins, suspendu et qui pourrait être enclenché dès demain pour trois jours, et celui contre la hausse des prix des produits pétroliers, sans oublier l’audience dans le procès en dissolution de l’Obuts, la formation politique de l’ancien Premier ministre, Agbéyomé Kodjo.
La réaction des éléments des forces de sécurité face à la grève sauvage des chauffeurs, a été violente. Usage de gaz lacrymogène sans sommation, matraquage sans discernement de passants, intrusion dans des domiciles suivie de violences (quartier Djidjolé). Selon nos informations qui restent à confirmer, on note deux morts. Un par noyade à Bè, où pourchassé par les forces de sécurité, un manifestant aurait préféré se jeter à l’eau, et un autre à Agoé. On signale également un blessé dans les rangs des éléments de la gendarmerie et des arrestations.
Le mouvement s’est répandu à d’autres quartiers à mesure que les forces de sécurité repoussaient les grévistes. Des quartiers qui sont toujours restés calmes, au temps forts des contestations socio-politiques, sont cette fois-ci, entrés dans la contestation.
On déplore l’agression d’un journaliste par les gendarmes. Yékini, du journal «Golf Info», a été molesté par des gendarmes. Il porte des hématomes provoqués par les coups de matraques, sur la tête et le corps. Au quartier Bè et portuaire, les échauffourées ont continué jusqu’aux environs de 16 heures. Les éléments des forces de sécurité, sont visibles partout en ville. Lomé ressemble à une ville en état de siège.
Une image qui rappelle les contestations populaires des années 1990, à Lomé.