Au deuxième jour de l’insurrection populaire déclenchée par les chauffeurs pour protester contre la hausse des prix des produits pétroliers, la tension monte dans la capitale togolaise. Les échauffourées du premier jour, entre forces de sécurité et grévistes se sont soldées par trois morts. Deux par balles tirées par des militaires à Agoè, quartier de la banlieue nord de Lomé, et un par noyade dans la lagune de Bè.
On dénombre également de nombreux blessés dont le cas préoccupe, étant donné que les travailleurs du secteur de la santé ont déclenché une grève de trois jours, à compter d’aujourd’hui. Un service minimum est cependant assuré. Le syndicat qui régit le secteur, exige la mise en œuvre d’une convention signée avec le Gouvernement en décembre 2008, en vue d’améliorer les conditions de travail et de vie dans ce secteur.
Ce mardi matin, les taxis sans observer un mot d’ordre d’un syndicat, font une grève. Lomé est sans taxi. Les taxi-motos qui eux n’observaient pas ce mouvement, sont obligés d’entrer dans cette dynamique. On note par endroits, des rixes entre chauffeurs et conducteurs de taxi-motos, qui bravent le mouvement. Des mouvements signalés également dans certaines villes à l’intérieur du pays.
Dans certains quartiers comme Bè, Agoè, Akodésséwa, Ahligo, Kagomé, Wuiti, Nkafu, Kégué, Hédzranawoé, Adidogomé, Bè-Kpota, des barricades sont érigés sur les routes. Des éléments de la gendarmerie, usent de jet de gaz lacrymogène pour disperser les grévistes et dégager les barricades. D’autres en civil et à moto, exercent des violences sur les manifestants. Ces miliciens n’hésitent pas à entrer dans les maisons également. Aux carrefours comme dans les stations d’essence, des forces de sécurité sont postées.
Ce matin, des élèves qui participent au baccalauréat, ont été pour la plupart, obligés de marcher sur des kilomètres, pour rejoindre leur centre d’examen. Idem pour certains fonctionnaires. L’administration est quasiment paralysée depuis hier. «Faure Gnassingbé avait déclaré parlant des massacres des populations civiles par les militaires, plus jamais ça! Mais depuis le hold-up de mars 2010, les militaires continuent par tuer les Togolais. Mais nous n’allons plus reculer. Sans RFI, sans la communauté internationale, nous ferons entendre notre cause», promet un jeune étudiant, visiblement leader d’un groupe de manifestants au quartier Bè.
Le glissement du terrain de revendications sociales vers celui des contestations politiques, est notable. Faure Gnassingbé pour sa part se mue dans un silence assourdissant. «C’est lui (Faure Gnassingbé: ndlr) qui ordonne les violences militaires sur les populations», affirme Robert D. au quartier Agoè. Ce dernier raconte comment les militaires en faction devant la BCEAO, ont tiré sur les manifestants.
Trois semaines après la mise en place du gouvernement RPT- AGO, présenté comme la solution à la lancinante crise togolaise, la situation socio-politique nationales est plus que jamais explosive.