Au lendemain de la grève générale lancée par l’Association Togolaise des Consommateurs (ATC) et largement respectée par les populations à Lomé tout comme dans certaines villes à l’intérieur du pays, Les manifestants n’ont pas fait le plein de la marche de contestation de ce matin. La 15ème de la série n’aura rassemblé qu’environ 30. 000 manifestants, toujours déterminés à arracher la vérité des urnes, que remontés contre la hausse des prix des produits pétroliers.
Ce sont tour à tour, MM Kpogo du Pacte Socialiste pour le Renouveau (PSR) de Me. Abi Tchessa, Agbéyomé Kodjo de l’Organisation pour Bâtir un Togo Uni et Solidaire (OBUTS), Lawson Patrick, vice-président de l’UFC et Jean-Pierre Fabre, candidat élu selon les militants du Frac, à la dernière élection présidentielle, qui ont animé le meeting. Tous sont revenus sur l’ «inacceptable», augmentation des prix des produits pétroliers, intervenue récemment, sans concertation préalable avec les partenaires sociaux.
«Je lance un appel solennel depuis ses tribunes pour une jonction entre le mouvement social et la contestation politique. Les deux mouvements doivent s’alimenter pour sortir le pays de l’ornière», a affirmé Jean-Pierre Fabre, lors du meeting traditionnel qui sanctionne la marche de contestation à la plage, les samedis. D’après lui, les ressources du pays continuent par être dilapidées, sous le père (Feu Gnassingbé Eyadéma: Ndlr), puis sous le fils (Faure Gnassingbé: Ndlr). Mais pour le Secrétaire général de l’UFC, «ce qui se passe sous le fils est pis que celui qui se déroulait sous le règne du dictateur», a-t-il souligné. Le problème, ce n’est pas d’entrée au gouvernement, «mais de changer le système-RPT, qui est resté le même», a-t-il insisté.
«Sous Eyadéma, il y avait dans le budget, une ligne dite relative à l’achat de matériels pour la Présidence de la République, qui s’élevait à 5 milliards sous le père et qui est passé à 6 milliards sous le fils, a-t-il noté déplorant par ailleurs que ces fameux matériels achetés n’ont jamais été listés pour les besoins du contrôle de l’exécution du budget par l’Assemblée nationale. De même, une autre ligne intitulée modernisation des régies financières est chiffrée à 5 milliard, mais il n’existe aucun programme de modernisation à cet effet», a cité M. Fabre en exemple.
Avant lui, l’ancien Premier ministre et expert financier de son état, Agbéyomé Kodjo a aussi évoqué la question. Pour lui, le pouvoir aurait pu prendre d’autres options en agissant sur les prix d’autres produits, «mais nos gouvernants ne sont pas expérimentés», a-t-il lâché, dans un tohu-bohu général. Abordant la décision de dissolution de sa formation politique, OBUTS, l’ancien Président de l’Assemblée nationale, a lancé un défi à ses détracteurs. «Ils ne peuvent pas dissoudre l’OBUTS. Attendez et vous verrez ce qui va se passer», en conclu M. Kodjo, sur ce point, annonçant l’imminence de la victoire du peuple sur le pouvoir.
Lawson Patrick y croit également en cette victoire, déclarant que «la lutte populaire est invincible». Le Député, 1er vice-président de l’UFC, a indiqué que dans les variables des prix des produits pétroliers, seuls 100 francs, représentent le prix du liquide lui-même. Le reste des fonds va au gouvernement et aux propriétaires des stations d’essence. «On dit que la caisse de péréquation est dissoute, mais dans la composition des prix, on en retrouve qui sont destinées à la subvention des prix», a-t-il révélé. Pour Agbéyomé Kodjo, les importateurs et commerçants des produits pétroliers ne sont autres que les barons du pouvoir. «Quand on est au pouvoir, on ne fait plus du commerce. C’est ainsi dans nos textes», a fustigé M. Kodjo.
Le vice-président de l’UFC, aussi prêche pour une collision entre le mouvement social et la contestation politique. M. Lawson a pour cela appeler les chauffeurs, taxis motos et autres à créé une autre centrale syndicale, pour pouvoir mieux défendre leurs intérêts, car ceux qui sont là actuellement, se sont compromis. «Les Togolais ne doivent pas accepter ces augmentations», a-t-il conclu.
La grève générale de vendredi dernier a été levée par l’Intersyndicale des Travailleurs du Togo (ISTT), la veille du déclenchement du mouvement, mais a été maintenue par l’ATC et largement suivie, notamment dans le secteur des transports en commun. L’opposition qui dit avoir gardé le silence face aux mouvements de contestations de la hausse des prix des produits pétroliers pour éviter tout procès en récupération, n’exclut plus maintenant selon des propos de Agbéyomé Kodjo, de lancer une grève générale.
À ce jour, Faure Gnassingbé est resté de marbre face aussi bien aux mouvements sociaux que les contestations de la réélection, qui font des morts et entament un processus de paralysie du pays et de la vie économique.