Après deux semaines de chute remarquable, la mobilisation populaire contre le hold-up électoral en faveur de Faure Gnassingbé a été remarquable le samedi dernier à Lomé. Pour ce 17ème de la série des marches de contestation hebdomadaire, la marrée n’a certes rien de comparable à celle des lendemains de la proclamation des résultats de l’élection présidentielle ou de l’annonce de l’entrée au gouvernement des Amis de Gilchrist Olympio (A.G.O.), mais la détermination à maintenir la résistance populaire est patente.
Fait marquant, les langues se délient et les Togolais de toutes les couches n’hésitent pas à dénoncer à visage découvert, les dérives du système-RPT au pouvoir. Le samedi à la plage, à la chute d’une marche particulièrement enthousiaste, des femmes sont venues de différents marchés de la capitale pour étaler les formes de persécutions dont elles sont l’objet du fait de leur soutien ou vote à Jean-Pierre Fabre. La perception de tickets est devenue en ces temps, un moyen de règlement de comptes aux femmes revendeuses, soupçonnées de soutien au Front républicain pour l’alternance et le changement (Frac) et à son leader, Jean-Pierre Fabre.
Deux figures symboliques du mouvement de contestation, Me. Abi Tchessa (PSR) et le Pr. Aimé Gogué (ADDI) tous originaires de la région septentrionale comme Faure Gnassingbé, ont marqué leur retour lors de cette marche. Absents du pays ces derniers temps pour diverses raisons, ils ont par leur présence, tenu à mettre un terme aux rumeurs sur les allégations de leurs supposés désaccords avec la contestation du pouvoir. «C’est un petit groupe qui au nom d’une communauté, confisque les ressources nationales. Aujourd’hui, c’est entendu de tous comme tel», a déclaré Me. Abi Tchessa, originaire de l’ethnie Kabyè tout comme Faure Gnassingbé ainsi que de nombreux officiers de l’armée, privilégiés du système.
De son coté, le Professeur d’université, Aimé Gogué, a fustigé la procédure de fermeture du Réseau RéDéMare, qui effectue illégalement une activité de placement d’argent. Cet économiste, ancien vice Recteur de l’Université de Lomé, a demandé au gouvernement de rétrocéder aux épargnants leurs capitaux, fustigeant le fait que cette activité a été longtemps cautionnée par des ministres. Pour M. Gogué, la crise sociale que traverse aujourd’hui le pays est la conséquence de la mauvaise gouvernance qui s’est accentuée sous Faure Gnassingbé. Il a lancé un appel aux épargnants à se mobiliser pour exiger du gouvernement, le remboursement de leurs dépôts à ReDéMaRe.
«Ma sœur bénéficie des prestations de ce réseau depuis près d’un an. Elle reçoit des vivres et argent à la fin de chaque mois. Moi, cela fait seulement deux mois que j’ai adhéré et on me dit que c’est fermé. Si le gouvernement savait que c’est une activité illégale, pourquoi n’être pas intervenu plus tôt et éviter que d’autres n’adhèrent. On dit même que des officiers et autres barons du RPT sont aussi membres. Tout cela nous a rassuré sur la crédibilité du réseau malgré nos appréhensions. Le gouvernement est coupable et doit nous rembourser», commente Ibrahim Amadou, très remonté. RéDéMaRe compte 46 000 adhérents personnes physiques et près de 2.000 membres personnes morales.
Une autre situation explosive, après celle de l’augmentation des prix des produits pétroliers qui occasionnent la flambée des prix des produits de premières nécessités et du transport. Jean-Pierre Fabre, lui en rajoute la précarité sociale qui prévaut des les quartiers victimes d’inondation, avec ce que cela comporte comme risque d’épidémie. Une situation qui provoque révolte du fait de l’indifférence affichée par Faure Gnassingbé, qui passe son temps à l’extérieur du pays, aux frais du contribuable et sans aucun bénéfice pour le pays. Le présumé élu de la dernière présidentielle pour les militants du Frac, n’exclut rien dans les jours à venir. Jean-Pierre Fabre a affirmé que les Togolais doivent se mobiliser pour mettre fin à ce système, qui les avilit et les prive de leurs droits.
De son côté, Kofi Yamgnane a fait délivrer aux manifestants, un message de solidarité et de persévérance, qui dément les allégations de résignation de sa part. «Nous livrons le combat sur plusieurs fronts et c’est la raison de mon absence du territoire, explique M. Yamgnane dans son message, avant d’annoncer son retour pour bientôt». Ce samedi également, les manifestants sont repartis de la plage avec la ferme conviction que leur mouvement de résistance aboutira à une «libération nationale», selon les mots d’un médecin rencontré sur les lieux.
Malgré la recrudescence des enlèvements et arrestations en vague des militants de l’opposition et la caution que la communauté internationale semble apporter à cette stratégie de la terreur, les Togolais continuent le mouvement de résistance déclenché depuis 17 semaines. Chaque semaine, des associations de femmes viennent spontanément exprimer publiquement leur rejet des résultats officiels proclamés par la Cour Constitutionnelle à l’issue de la présidentielle du 04 mars et leur soutien au Frac et à Jean-Pierre Fabre. Ce samedi, elles ont offert de l’eau en sachet aux manifestants pour étancher leur soif. Une attitude de solidarité inédite, dans un pays où le pouvoir a habitué les gens à marchander leur soutien à coup d’espèces trébuchantes.