La ligue togolaise des droits de l’homme (LTDH), la première association privée de défense des droits de l’homme, a célèbré son vingtième anniversaire ce 20 juillet à l'hôtel Eda Oba à Lomé. On notait, entre autres, la présence de maîtres Gally, Koffigoh et d'Apédo-Amah Togoata.
L’actuel bureau dirigé par Me Raphaël Nyama Akpandé-Adzaré en a profité pour faire une journée de réflexion au cours de laquelle, il s’est penché sur l’historique de cette association née le 20 juillet 1990, quelques mois avant les soubresauts du 05 octobre.
«Créée dans un contexte d’hostilité, de méfiance et de rupture qui s’est voulue systématique avec certaines pratiques attentatoires à l’essence même de l’être humain, la LTDH s’est assignée pour mission fondamentale de contribuer à l’édification d’un État de droit et à l’enracinement de la démocratie au Togo, à la promotion, la protection, et la défense des droits humains et des libertés fondamentales ainsi que des normes et valeurs républicaines», a affirmé l’actuel président Me Raphaël Nyama Akpandé-Adzaré.
Très tôt affiliée aux organisations internationales des droits de l’homme (CIJ, UIDH, CADHP, FIDH), la LTDH a été à l’avant-garde du combat pour la démocratie et le respect des droits de l’homme au Togo. Depuis le début du processus démocratique, elle a contribué à la libération des détenus politiques, dont Hilaire Dossouvi Logo et Tino Agbelenko Doglo.
Pour rappel, la LTDH est née dans un contexte de parti unique, pendant les années de plomb, et l’exercice de ses activités était encore plus difficile à l’époque. Le pouvoir RPT, réfractaire à toute forme d’expression autre que la pensée unique, menaçait les défenseurs des droits de l’homme d’emprisonnement ou d’assassinat.
Lors de la réunion fondatrice de la Ligue togolaise des droits de l’homme (LTDH) au restaurant La Pirogue le 20 juillet 1990, on avait signalé la présence d’un gendarme en civil parmi l’assistance. «Dès qu’on m’a informé de la présence d’un gendarme en civil, racontait aujourd’hui le premier président de la LTDH Joseph Koffigoh, j’ai dit de le laisser tranquille pour qu’il suive l’assemblée générale constitutive et aille faire un rapport fidèle au pouvoir que nous n’étions pas en train de faire une action subversive».
Le gendarme en civil en question, le barbouze, était l’ex chef d’escadron de la gendarmerie nationale François Akila-Esso Boko, jeune lieutenant à l’époque, devenu plus tard ministre de l’intérieur sous Eyadema. À en croire certains observateurs, il fait partie aussi de ceux qui comme Agbéyomé Kodjo, dur militant du RPT, ont participé à la modification de la Constitution votée par le peuple togolais en 1992.
Les premiers dirigeants de la Ligue, Mes Joseph Kokou Koffigoh (traitre pour les uns, incompris pour les autres) et Jean Yaovi Degli, ont participé sur le terrain politique au processus de démocratisation. Les deux étaient membres du bureau de la Conférence nationale souveraine, et quand Koffigoh devint Premier ministre de la Transition, Jean Degli était Secrétaire d’État dans son 2è gouvernement en charge de relations avec le Parlement.
Au lendemain de la mort d’Eyadema, le 05 février 2005, François Akila-Esso Boko, maître d’œuvre de l’organisation de la présidentielle, avait démissionné avec fracas à 72 heures du scrutin après avoir dénoncé les projets de massacres qui se préparaient. Soupçonné de tentative de coup d’État, François Akila-Esso Boko se réfugia à l’ambassade d’Allemagne avant d’être exfiltré vers la France.
Ce projet était avéré. La LTDH établit à l’époque un rapport faisant état d’environ mille (1000) morts et plus de cinq mille (5000) blessés. «La ligue a été aux côtés des victimes derrière les barreaux, dans les locaux des gendarmeries et commissariats, dans les prisons, dans les maquis, dans les milieux hospitaliers,…beaucoup ont confondu son siège à un centre de santé», a déclaré Me Raphaël Nyama Akpandé-Adzaré. Et pourtant l’ancien président de cette même ligue, Joseph Kokou Koffigoh, parlait lui dans son rapport commandité par le pouvoir de 154 morts.
La LTDH a traversé une crise profonde après le départ de son quatrième président, le syndicaliste Gandhi Adoté Akwei. Le départ d’Akwei Gandhi a donné lieu à une crise de succession où l’institution des droits de l’homme s’était illustrée de manière caricaturale en organisant une élection controversée. Me Yacoubou Hamadou était élu à l’issue de ce scrutin mémorable. Mais comme pour accentuer la crise morale que traverse l’institution pionnière des droits de l’homme au Togo, Me Hamadou fut appelé au gouvernement de Faure Gnassingbé comme ministre des droits de l’homme. Il est reconduit dans l’actuel gouvernement comme ministre de la culture et des arts.
Son successeur actuel, Me Raphaël Nyama Akpandé-Adzaré, est chargé de remettre la LTDH sur la bonne voie. Sa tâche s’annonce difficile: il devra remettre de l’ordre sur le plan organisationnel, regagner la confiance des partenaires de la Ligue, mais surtout de pouvoir jouer son rôle de vigie des droits de l’homme dans un pays qui traverse une crise postélectorale où les violations des droits humains sont nombreuses.