La série des pluies qui s’est abattue sur Lomé la capitale tout au début du mois de juin, continue de faire parler d’elle. Elle n’a pas laissé le choix à certains habitants de vaquer aisément à leurs occupations suite à l’inondation qu’elle a causée, bousculant du coup le vécu quotidien de plusieurs loméens. Au nombre de ces quartiers se trouvent Zoro Bar, Adakpamé, Anfamé, Adamavo Doganto... Ce dernier revêt un caractère particulier de par le risque d’infections de, maladies telle le choléra qu’encourt la population de cette localité en traversant de jour comme de nuit les eaux stagnantes sans aucune protection.
Au cœur du vécu des sinistrés d’Adamavo «Doganto»
«Mon enfant aide moi à traverser l’eau»,lançait une bonne dame, la cinquantaine dépassée, à un des jeunes qui aident les riverains à traverser l’eau pluviale retenue à l’entrée du quartier de Zoro Bar, non loin du Port autonome de Lomé. Voilà, un peu à quoi rime le quotidien de la population de cette localité qui est inondée et voit ses activités chuter considérablement au fil des jours par la présence de cette eau.
Cette dame fait ses allers et retours chaque jour, et pour cause. Elle est revendeuse de riz et de haricot à sa devanture. Son commerce florissait avant l’arrivée de la pluie, ensuite l’inondation. Maintenant plus rien ne marche pour elle. Ses clients d’hier et sa marchandise sont désormais séparés par une grande frontière d’eau, sinon une rivière qui ne dit pas son nom. Depuis, c’est la dame Massan qui se déplace vers ses clients. Pour avoir vu sa recette dégringoler, la revendeuse décide de porter son commerce vers l’autre rive plus proche de sa clientèle.
Si la clientèle éprouve du mal à se déplacer vers elle, c’est elle qui ira la chercher, peut-on comprendre dans l’attitude de Massan. Seulement la traversée de cette eau à pied sec n’est pas sans conséquences. Elle est source de beaucoup de maladies: «C’est difficile, tu vois mes orteils gonflés, c’est de l’infection car il y a du ruissellement de excréments humains des toilettes qui se mélangent à l‘eau de pluie», a-t-elle expliqué, un grain de fatalité et de mélancolie dans la voix.
Les jeunes du quartier se sont constitués en groupe pour ériger un pont de fortune devant permettre aux personnes âgées et à d’autres qui ne peuvent pas traverser l’eau à pied de passer sur le pont ou de se faire porter par les «pousse-pousses». Là encore, un autre problème se pose. Il faut payer ceux qui vous porte sur les «pousse-pousse» à 25 F, la traversée. Pour beaucoup comme Julien, maintenancier dans un cabinet d’informatique à Anfamé, c’est une situation difficile à vivre: «avoir son logis à Anfamé et son lieu de travail vers le port après Zoro Bar, il faut le faire avec tout ce que cela comporte comme dépenses. Cela 100 francs et ce, tous les jours», explique-t-il désabusé.
Pour beaucoup d’habitants de cette localité, il est difficile de faire les activités dans une zone pareille. Ailleurs, vers le CEG Anfamé, toutes les maisons sont sous l’eau, mais le pire c’est que beaucoup n’ont pas de botte pour traverser l’eau, ce sont les pieds nus qu’ils traversent jours et nuits les eaux stagnantes et puantes car «on ne meurt qu’une fois», répondent-ils quand ils sont interpellés. Devant ces comportements risqués des riverains, on lit une certaine lassitude face aux désengagements de l’État qui depuis deux (02) mois n’entreprend rien pour sortir ces populations de leurs conditions difficiles.
«On n’a pas de botte, mais chaque jour il faut manger, alors il faut traverser l’eau pour vaquer à ces occupations premières, le travail, on n’a pas le choix», se plaint Noumégno, tailleur de son état, qui a fermé son atelier qui est envahi par l’eau.
L’origine du nom «Doganto» qu’hérite Adamavo
«Doganto» d’Adamavo vient d’un grand trou qu’a occasionné les pluies diluviennes de 2008 qui hante encore les souvenirs de nombreux Togolais. Ce trou ainsi créé, au cours des saisons sèches fait le bonheur des habitants de certaines maisons qui viennent y déverser les ordures ménagères. Ce lieu deviendra invivable du fait des odeurs nauséabondes et des eaux stagnantes, puantes avec le temps, d’où la nécessité de le remblayer.
Après qu’il soit remblayé, l’eau de pluie qui envahissait cette périphérie au cours de la saison pluvieuse change de lieu et vient désormais élire domicile dans le quartier Zoro Bar.
Dons de façade
Dans ces conditions peu enviables dans lesquelles vivent les habitants des quartiers inondés, le gouvernement annonce à coup de propagandes leur venir en aide avec les produits de première nécessité qu’on charge un chef de quartier de distribuer à la population sinistrée. Là encore débute un autre chemin de croix. Au lieu de suivre les dons à leur destination finale, c’est-à-dire vers les sinistrés, un nouveau phénomène voit le jour, les produits n’atteignent pas les nécessiteux. Cet état de chose oblige certains membres de famille à ne plus se présenter quand il s’agit de recevoir les dons de quelques natures que ce soit.
On se demande à quoi bon continuer par faire des dons de façade qui n’atteignent pas les réels bénéficiaires. La fin du chemin de croix pour les habitants de cette localité n’est pas pour bientôt. Et dire que la situation est la même chaque année, sans que les autorités n’y apportent des solutions adéquates.