Jean-Pierre Fabre, le président de l’Union des forces de changement (UFC), non reconnu par le régime RPT, a été violemment attaqué ce matin lors de la traditionnelle marche des samedis du Front républicain pour l’alternance et le changement (FRAC). Le pare-brise arrière de son véhicule de député de la République, une Dacia Sardane, immatriculée RTG, a volé en éclats.
Visiblement choqué mais nullement «désemparé», le leader de l’UFC a déclaré qu’il est «prêt pour le sacrifice suprême», cette après-midi à un point de presse organisé a Kodjoviakopé.
«Je me suis garé devant un véhicule des forces de sécurité et un groupe de journalistes. Le responsable des gendarmes est venu me parler. Il m’a dit il n’y a pas marche! Je lui ai dit que je ne lui permets pas de continuer à me parler sur ce ton. Il a commencé à donner des instructions pour que la manifestation soit réprimée. Juste au moment où j’étais à côté du véhicule, l’un des gendarmes a tiré à bout portant sur le véhicule, faisant voler en éclats le pare-brise arrière. Je vous dis bien il y avait deux personnes dans le véhicule et elles pouvaient être mortellement atteintes. Il y a eu manifestement une volonté de tuer. On ne peut pas tirer une grenade lacrymogène à bout portant sur un véhicule. Tout le monde sait qu’il y a deux semaines, ils m’ont poursuivi avec des gaz lacrymogènes et ont tiré sur mon véhicule. Ceci est très grave et marque l’escalade de la violence atteinte par les forces de l’ordre et de sécurité. Cela marque le niveau atteint par le régime, forcé maintenant de tuer les responsables politiques et d’en finir avec le processus de démocratisation. Je vous fais grâce de l’arrosage de gaz lacrymogènes systématique qu’il y a eu après mon départ», a-t-il raconté devant la presse.
Puis, il donne le ton. «Je voudrais dire que ce sont des choses qui ne sont pas de nature à impressionner Jean-Pierre Fabre ni à impressionner les responsables de l’UFC. Ils peuvent faire ce qu’ils veulent, nous continuerons sans relâche les marches et les manifestations. Je sais qu’ils veulent m’abattre. Je me sens prêt à faire ce sacrifice. Je serai toujours devant eux, ils ne réussiront pas à m’intimider. Ce ne sont pas les gaz lacrymogènes et les tueries de ce genre qui intimident les responsables que nous sommes. Si on voulait se laisser impressionner par leurs manœuvres de force, il y a longtemps qu’on aurait arrêté», a-t-il dit à l’endroit du gouvernement en place.
Depuis la proclamation des résultats de la présidentielle par la Cour Constitutionnelle, donnant la victoire à Faure Gnassingbé, candidat du RPT, Jean-Pierre Fabre candidat de l’UFC soutenu par le FRAC, vainqueur présumé selon le Front, est à la tête d’une contestation postélectorale jamais vécue au Togo. En dépit du départ d’une fraction de son parti UFC au gouvernement, la division politique du parti en deux courants et la tenue de deux congrès différents, Jean-Pierre Fabre n’a de cesse de porter la contestation dans la rue. Le pouvoir qui soutient visiblement Gilchrist Olympio et la fraction des Amis de Gilchrist Olympio, entretient une sourde opposition avec la tendance de Jean-Pierre Fabre. Répressions sauvages des manifestations, interdictions et empêchements des manifestations, et des déplacements des leaders de l’UFC pro Fabre à l’intérieur du pays, empêchements des veillées de prières, sont les armes utilisées par le pouvoir pour dissuader son nouvel ennemi. Mais celui qui apparaît désormais comme le nouveau leader de l’opposition maintient le cap de la contestation.
En attendant la crise postélectorale se déroule sur fond d’une grisaille sociale sans nom et d’un pays qui inexorablement se dégrade sur tous les plans.