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Kofi Yamgnane: «Nous allons nous mesurer au RPT avec une nouvelle stratégie»

(koaci.com,   Lomé, Togo, 2 septembre 2010)


Deux mois après le début de la contestation populaire marquée par une violente répression de la part du pouvoir de Faure Gnassingbé, le Directeur de campagne du candidat du Front républicain pour l’alternance et le changement (Frac), Kofi Yamgnane, est reparti en France d’où il n’est depuis plus revenu. Dans une interview qu’il vient d’accorder à nos confrères de Radio Légende à Lomé, le président de Sursaut-Togo, explique les raisons de son absence et se prononce sur la situation politique.

Kofi Yamgnane, pourquoi vous avez abandonné la lutte?

Non, je n’ai pas abandonné la lutte. Je suis sur un autre front, pour le même combat. Il se fait que nous avons engagé la lutte sur trois fronts:
- Le front de la contestation légale et s’il le faut devant les juridictions. Mais tout le monde sait qu’au Togo, les Tribunaux et le RPT, ce sont les mêmes choses;
- nous avons ouvert un autre front, celui de la diplomatie offensive et nous sommes là-dessus;
- et enfin, le front de la contestation populaire par lequel le peuple exprime ses sentiments, en montrant qu’il en a assez, d’être spolié de sa victoire depuis 40 ans.

Donc en clair, vous êtes toujours dans la logique de la contestation du pouvoir de Faure Gnassingbé?

Évidemment, je suis dans la logique de la contestation. Il y a rien qui a changé. Nous savons que le candidat du RPT n’a jamais gagné ces élections. Le RPT et son candidat eux-mêmes savent qu’ils ne les ont jamais gagnées et nous leur demandons d’être raisonnables, qu’ils viennent à une table ronde pour qu’on voie ce qu’on peut faire; si on peut discuter avec eux?

Concrètement, qu’est-ce que vous faites en Europe?

Concrètement, je suis en train de rendre visite aux différents responsables, d’abord pays par pays. Ensuite à l’institution qu’est l’Union Européenne, pour expliquer à l’ensemble des responsables, que l’Europe ne peut pas avoir versé 16 millions d’Euros du contribuable européen, pour organiser une élection à l’issue de laquelle, elle fait semblant de croire que tout s’est bien passé, alors qu’elle-même sait par la délégation de sa mission d’observation envoyée sur place, que tout cela est couvert de ridicule.
Je veux que les Européens comprennent notre démarche. Après cette mission d’explication auprès des responsables, je vais démarrer une phase nouvelle, celle de la popularisation de la lutte togolaise, pour expliquer aux Européens qu’ils doivent aller demander des comptes à leurs responsables d’avoir dépensé leur argent pour rien.

Est-ce que les institutions européennes vous comprennent?

Évidemment qu’elles comprennent. D’ailleurs, je vais vous dire une chose. Le Parlement européen est conscient qu’il ya eu fraudes. La mission d’observation qui était conduite par un eurodéputé espagnol en est consciente. Tout ce monde là sait que les élections ont été volées. Mais le pouvoir exécutif, c'est-à-dire la Commission Européenne avec en appui leur représentant à Lomé, a décidé de laisser en l’état, le Togo tel qu’il est, pour sauvegarder leurs intérêts.
D’ailleurs, la question qu’il faut leur poser, c’est que comment peuvent-ils penser que seule une dictature peut sauvegarder leurs intérêts au Togo? Et quels sont ces intérêts si occultes et si puissants que des démocrates ne seraient pas capables de défendre? C’est la question qu’il faut poser aux Européens et que je leur pose.

Les manifestations du Frac sont empêchées à coups de grenades lacrymogènes et d’arrestations depuis un moment. Est-ce que vous disposez d’un moyen de recours sur place ici?

Je suis en contact avec les miens depuis ici. Je suis en train d’expliquer et de sensibiliser les pouvoirs publics de cette violence que le RPT et l’UFC version AGO, ont installés au Togo. J’espère seulement que très vite les gens vont ouvrir les yeux sur les violences et sur les dérives du pouvoir au Togo et l’impunité qui y prévaut.
Pourquoi il y a-t-il besoin de manifester? Des élections se sont passées. Si elles s’étaient déroulées dans la clarté, on n’aurait pas eu besoin d’être en lutte. Celui qui a gagné les élections dirigeant le pays.
Si le RPT estime qu’il a gagné les élections, pourquoi a-t-il besoin d’aller soudoyer Gilchrist Olympio, pour gouverner avec lui. Il n’a qu’à gouverner seul. Si le RPT a gagné, il n’avait pas besoin d’aller chercher quelqu’un d’autre.

Le RPT estime qu’il fait une ouverture…

C’est bien parce qu’il sait qu’il n’a pas gagné. Il a trouvé une bouée de sauvetage, en débauchant Gilchrist Olympio et ses amis de l’UFC.

Mais le RPT parle de politique d’apaisement.

Qu’est-ce qu’on appelle politique d’apaisement? L’apaisement c’est de réprimer violemment les manifestations? L’apaisement, c’est de poursuivre Jean-Pierre Fabre à travers les rues de Lomé? L’apaisement, c’est d’arrêter les responsables politiques tels que mon collaborateur le plus proche, Innocent Assima Kokou, qu’on le mette à la gendarmerie sans qu’on sache ni quand, ni pourquoi? Est-ce que c’est ça l’apaisement?

Beaucoup estiment Monsieur le président, que vous avez perdu la bataille et que vous devriez à présent penser à la présidentielle de 2015. Que répondez-vous à ceux-là?

Comment pouvez-vous gagner une bataille, où vous ne bénéficiez pas des mêmes moyens? Nous, on est les mains nues et en face, le pouvoir arme les militaires, les policiers, les gendarmes pour nous tirer dessus. Nous ne pouvons que perdre une telle bataille. Mais, gouverner un pays, ce n’est pas avec les muscles que ça se fait. Ce n’est pas à coup de carabine que ça se fait. Ce n’est pas la Kalachnikov qui gouverne un pays. C’est la tête qui gouverne un pays. Et c’est bien parce qu’ils n’ont rien dans la tête, qu’ils utilisent la force brutale.
Mais comme disait le Général de Gaulle, «une force brutale nous a vaincue, mais c’est une force brutale qui va nous sauver». On a toujours plus fort que soi. Physiquement, les muscles, il y a toujours plus fort que soi. Ce qu’ils font actuellement, s’appelle une fuite en avant et tôt ou tard, le RPT tombera, pour que le Togo se relève.

Est-ce que vous n’avez pas le sentiment que vous manquez de stratégie dans votre lutte?

Non, je vous l’ai dit. C’est le trépied que je vous ai cité. Nous constatons aujourd’hui que ce trépied n’a pas bien fonctionné. Bien sûr, nous sommes prêts à battre notre coulpe et à changer de stratégie. Nous sommes en train de changer de stratégie et nous allons nous mesurer au RPT, avec une nouvelle stratégie.

La crise au sein de l’UFC, comment vous la vivez?

Je trouve assez minable, la façon dont les choses se passent. Je ne comprends pas pourquoi M. Olympio, en est arrivé là. Sacrifier comme ça, 20 ans de lutte, pour une espèce d’égoïsme aussi exagérée, me semble impossible à imaginer. Maintenant, est-ce que en face, ceux que je soutiens, Fabre, Lawson et les autres, est-ce qu’ils ont parfaitement réagi, je suis prêt à m’expliquer là-dessus, et je crois que non. Parce que, ce n’était pas nécessaire pour Fabre, de faire un congrès séparé. La seule méthode de vaincre Olympio, c’était d’aller à un seul congrès et de le mettre en minorité.

Mais il était exclu du parti?

Ce n’est pas grave, Il était exclu du parti, il fallait qu’ils y aillent, puisqu’il dit qu’il est le président du parti et il convoque un congrès et bien qu’ils y aillent. Il y avait 40 fédérations au Togo, dont 35 étaient favorables à Jean-Pierre Fabre. Ils n’ont qu’à le mettre en minorité dans son congrès et puis c’est terminé.
Qu’est-ce que s’et que ce pouvoir du RPT, qui choisit ses opposants? En quoi ça le regarde, les bisbilles qu’il y a à l’intérieur d’un parti d’opposition. Le pouvoir politique n’a pas à se mêler de cela. Un gouvernement n’est pas là pour dire, toi tu es un bon opposant, je te prends, toi tu es un mauvais opposant, je te refuse. Cela montre bien que la politique de gribouille que mène le RPT, ne peut mener le pays qu’à la catastrophe et à la ruine.

La presse privée togolaise est depuis un moment dans le collimateur du pouvoir. Certains ont déjà été condamnés, d’autres attendent leur sort. Après la démolition des partis politique, c’est la presse qui fait l’objet d’une stratégie de musèlement. Comment voyez-vous tout cela?

Je le sais, je suis tout cela. Mon pronostic, je l’ai dit à un de vos confrères il y a un moment. C’est que le RPT est un parti, qui a une culture de parti unique. Lorsque le peuple a manifesté et lui a imposé le parti unique, il a esquivé en se positionnant comme un parti hégémonique. Et maintenant qu’il pense que tout est rentré dans l’ordre, il va redevenir un parti unique. C’est qui est en cours, le RPT veut redevenir un parti unique.
Ils n’ont pas encore compris que d’autres ont essayé ça avant eux. Où est Ceausescu de Roumanie, où sont les dirigeants soviétiques, où est Mao Tse Toung, où ils sont ces partis uniques? Ils n’ont pas encore compris, ça c’est l’inculture politique. Au Togo, ça viendra aussi. Il faut les chasser du pouvoir, qu’ils le veuillent ou pas. Parce que le pouvoir éternel, ça n’existe pas, dans toute l’histoire de l’humanité. La presse doit continuer, y compris clandestinement à dénoncer ce qui doit être dénoncé.
Il faut que le monde entier sache que le Togo, va mal. Vous voyez cette petite vidéo de 1 mn 43 s, sur le Colonel français Letondot, cette image, elle a fait le tour du monde. Ça suffit pour discréditer à jamais, la coopération française militaire au Togo et en Afrique. Voyez, ça c’est le travail que la presse doit faire et pour ça, je vous félicite vraiment. Avec vos tripes, en sachant que vous êtes en danger, mais pour le peuple togolais, ça vaut la peine.

Vous retrouvez les rues de Lomé quand?

Très bientôt, j’ai encore 2, 3 rendez-vous que je vais avoir d’ici, le 8 septembre.