À défaut d’assumer ses responsabilités, l’armée togolaise rate une nouvelle fois l’occasion d’observer le silence dans le processus de la CVJR. Elle raconte encore des historiettes. Dans une déclaration, à titre de droit de réponse, lue en ce jour par un représentant des Forces armées togolaises (FAT) au cours des audiences de la Commission vérité justice et réconciliation (CVJR) à Aného, l’armée togolaise rejette une nouvelle fois les faits qui lui sont reprochés par les différents intervenants.
Au sujet par exemple des violences d’avril 2005 relatives à la proclamation des résultats des présidentielles, les FAT estiment que «des militants réfractaires de la coalition de l’opposition qui doutaient de la transparence du processus électoral, ont exercé des actes de vandalisme et de violence sur le personnel électoral ainsi que sur certaines autorités administratives et politiques. Face à cette situation, la FOSEP [Ndlr: Force de sécurité élection présidentielle], dans l’exécution de sa mission, est intervenue pour rétablir l’ordre. Cette intervention a malheureusement fait des victimes regrettables de part et d’autres.»
Au sujet des mêmes événements qui se sont déroulés à Aného, les FAT poursuivent que «ces violences se sont aggravés, par le fait que les éléments de la FOSEP avaient en face d’eux des manifestants qui faisaient usage d’armes de guerre.» Des armes dont ils se seraient emparés après l’attaque et la mise à sac du commissariat de la ville d’Aného, explique cette déclaration lue par Lieutenant Colonel Diabakaté Bako.
C’est pour le moins surprenant qu’à cette étape de la tournée nationale de la CVJR, l’armée produise encore un tel droit de réponse à la face du monde. En réponse à la relation des faits concernant «l’attaque de la primature le 3 décembre 1991 et les cadavres de la lagune de Bè», les FAT avaient effectué une sortie piètre et terne qui a suscité l’ire et les quolibets de toutes sortes contre eux. Une affaire qui avait été réglée devant le Chef de l’État, sous les menaces de démission du prélat Barrigah, président de la Commission, selon certaines indiscrétions. Bien de Togolais croyaient alors sans doute que cette sortie infamante et avilissante de l’image de cette armée lui a servi de leçon. Et quelle n’est la surprise d’écouter un tel droit de réponse, qui banalise toutes ces exactions commises sur de pauvres Togolais en avril 2005. En dehors des centaines de morts, les Togolais se rappellent au moins comme hier seulement de l’histoire des ces enseignes de fortune érigées au fronton des maisons et portant l’inscription «Déjà frappés». Et les FAT s’en rappellent eux aussi sûrement. Ne serait-ce que pour rire ou se réjouir des brimades subies par leurs impuissantes victimes.
Parfois le silence ne dort pas, et il est d’or.