À la veille de la rentrée générale des corps de justice, le malaise perceptible au sein de l’appareil judiciaire semble prendre une autre envergure. La situation s’est enflammée suite à une lettre adressée par le garde des Sceaux, Ministre de la justice, aux différents corps au sein de la justice.
Avec les récentes et fantaisistes affaires d’«atteinte à la sûreté de l’État», marquées dans la plus retentissante par la forfaiture du juge Abalo Pétchalébia, qui a choisi d’ignorer des allégations de tortures faites à la barre, la justice togolaise a pris un grand coup à sa crédibilité. Une crédibilité un tant soit peu remontée par l’acte courageux du juge Koffi Kounté, président de la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH) suite à la falsification du rapport de l’institution sur la torture et la décision du juge Sogoyou dans l’affaire de la radio X Solaire contre l’ART&P.
Promu Garde des Sceaux, Ministre de la Justice, Me Tchitchao Tchalim, lui, multiplie les initiatives pour maintenir la justice sous les bottes du pouvoir. Dans une lettre relative à l’organisation de la «rentrée générale des corps de justice, pour le meilleur, les 28, 29 et 30 mars 2012». Le ministre entend saisir l’occasion pour dit t-il, enclencher «une nouvelle ère pour la justice dans notre pays». «Notre pays souffre voilà déjà belle lurette de sa justice, trop lente, inefficace, à beaucoup d’égards artisanale, de qualité contestable, et de surcroît rongée par de grands maux dus aux comportements des membres de ses corps qui, pour la plupart, ont perdu le repère et le discernement».
Tout en acceptant les termes de ce sévère réquisitoire du ministres contre les corps qui animent la justice, certains magistrats et avocats rencontrés estiment qu’il gagnerait plus en crédibilité, si le gouvernement lui-même, s’engageait déjà en faveur d’une procédure de révision des procès dans lesquels, le ministère public a fait condamner injustement des citoyens comme dans le cas de l’affaire d’attentat à la sûreté de l’État. À l’issue d’une assemblée générale extraordinaire tenue le mercredi 20 mars, les Avocats inscrits au Barreau ont décidé de boycotter la cérémonie.
Selon les Avocats, il s’agit là d’une mascarade de rentrée habilement transformée en cérémonie d’allégeance au Chef de l’État, Faure Gnassingbé. La cérémonie est par ailleurs prévue pour se dérouler non loin de la nouvelle présidence de la République. Les magistrats qui sont actuellement en concertation sur la question, sont divisés sur la conduite à tenir.
Rappelons que le nom du ministre Tchtchao Tchalim (qui semble dénoncer des choses au sein du corps de la justice), est cité dans le ténébreux dossier de falsification du rapport de la CNDH sur la torture.