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Nation, Citoyenneté

(Initiative & Développement,  Lomé, Togo,  juin 2006)


UNE ŒUVRE POLITIQUE

La volonté du peuple, la part du RPT

La nation

Qu’est-ce qu’une nation?
La nation ne répond pas à une définition universelle. Il faut également noter qu’elle est difficile à formuler. Cette restriction admise, l’on peut considérer qu’une première approche de la notion de nation peut s’appréhender comme un groupe d’individus habitant un même territoire et présentant les caractéristiques suivantes:
1. La conscience de son unité par:
- La langue,
- La culture,
- L’histoire.
2. La manifestation de la volonté de vivre ensemble dans la justice;
3. La constitution d’une communauté politique structurée et fonctionnelle gérée par une autorité mandatée par la communauté qui lui délègue sa souveraineté.

De ces éléments, il apparaît d’emblée que la nation n’a pas de réalité physique. Elle procède directement d’une idéologie. Doter le Togo d’une véritable nation se révèle une mission importante, si l’on considère que le douloureux contexte politique, social et économique qui caractérise notre pays depuis trop longtemps, requière une solution d’ensemble articulée autour de la volonté de vivre ensemble et qui obtient l’adhésion du peuple toujours à la recherche du bonheur.

Notre pays est dans une situation de crise identitaire. Une des explications tient au fait que ses habitants et ses gouvernements ont eu et continuent d’avoir des réflexes d’anciens colonisés. Nous sommes en train de perdre nos valeurs identitaires, car nous acceptons, comme modèle, toutes les institutions et tous les concepts du pays colonisateur, sans nous soucier de leur adéquation à notre culture, à la taille de notre pays, à nos besoins, à nos structures locales et à nos ambitions. Je formule un exemple imaginaire qui aurait pu être révélateur de l’emprise toujours réelle de la colonisation: Si en France les véhicules de la Poste avaient été de couleur jaune, la poste togolaise aurait-elle adopté la même couleur?

Le législateur togolais (le député), lorsqu’il n’agit pas par mimétisme, rend sujettes à caution ses initiatives créatrices en restreignant les libertés de ses propres concitoyens. Ce choix se fait toujours au mépris de l’équité. Il faut, en effet, bien admettre que nous avons toujours donné la préférence, d’une part, aux individus et aux entreprises issus du pays colonisateur et, d’autre part, aux étrangers au détriment des togolaises et des togolais.

Pour construire la nation togolaise, nous devons sortir du schéma traditionnel laissé par la colonisation. Les politiques doivent donner l’envie aux femmes et aux hommes de se regrouper autour de valeurs unificatrices, capables de garantir la cohésion et l’unité nationale qui sont les préliminaires essentiels et nécessaires à la construction d’une nation proprement et spécifiquement togolaise.

Une fois ce cadre national défini, il restera aux politiques la noble tâche d’assurer les besoins existentiels dans la quête du bonheur: vie décente, liberté, sécurité et un superflu pourtant essentiel, l’hédonisme c’est-à-dire la recherche du plaisir, la recherche de la satisfaction et l’évitement de la souffrance.

L’ensemble des personnes vivant dans la collectivité projetée doit contribuer au respect et à la réalisation de ces droits. Il s’agit d’un devoir pour tous et l’appartenance à une même nation constitue l’épine dorsale de la cohésion d’un pays, nécessaire à la l’élaboration, avec sérénité, des éléments qui devront concourir au développement tant attendu.

Le Togo forme-t-il une nation?
Essayons de rapprocher la situation du Togo des critères ci-dessus.

Le territoire
Le Togo est un territoire accepté par la communauté internationale à l’opposé de certaines nations sans État: Tamouls, Tibétains, Tchétchènes, Palestiniens, Canaques…

L’unité ou la volonté de vivre ensemble
Une analyse fine s’impose. L’intégrité territoriale n’est pas menacée par des volontés de séparatisme. Une ethnie étant définie comme un ensemble d'individus qui partagent un certain nombre de caractères de civilisation, tels que la langue et la culture, aucune ethnie au Togo ne manifeste clairement le désir de se séparer des autres ethnies et de revendiquer une partie du territoire. L’ensemble de la population a plutôt une grande envie de vivre ensemble sur le même territoire, le Togo.
Néanmoins, subsiste un écueil majeur: La fragilité de l’unité togolaise, risque permanent d’implosion.
Avons-nous conscience de la fragilité de cette unité? Un travail de communication au sujet de l’importance de l’unité dans une nation doit être mené à l’attention non seulement des communautés ethniques, mais également des politiques, des élus et des gouvernants.
Avons-nous conscience que nous ne sommes pas loin de l’implosion? Aujourd’hui, tous les togolais ne regardent pas dans la même direction; ils se définissent, d’abord et surtout, par rapport à des partis pour le RPT ou pour l’Opposition.
Je suis convaincu que la population togolaise est assez homogène et nos cultures assez proches, pour qu’il soit possible d’écarter tout risque de dislocation du pays: une volonté politique est toute fois nécessaire.

L’histoire
Nous avons une histoire commune: Agokoli, Mlapa, Togoville, la colonisation, la lutte pour l’indépendance, l’indépendance, le coup d’état de 1963, le régime dictatorial d’Eyadema, l’épisode de février 2005, les élections d’avril 2005, la réconciliation en cours.

La culture
Encore aujourd’hui, nous ressentons mal l’utilisation du mot ethnie lorsqu’il s’agit de faire référence à un des groupes qui composent notre population. Nous retrouvons là un vestige colonial, puisque l’Occident a toujours tenté de justifier la plupart de nos problèmes par des oppositions ethniques. Il ne devrait pas en être ainsi. Les ethnies constituent le support de notre culture nationale composée de facettes multiples qui en font sa richesse. D’ailleurs, une lecture culturelle des autres pays développés ou non, occidentaux ou non, nous révèle que toutes les populations sont multiculturelles et se composent d’ethnies. Le Togo n’échappe pas à cette réalité de multiculturalisme. Cette richesse est un atout pour notre future nation. La nation naîtra vraiment lorsque nous réussirons à fonder notre choix politique sur nos propres valeurs culturelles. Il faut une volonté politique pour gommer paisiblement l’ethnocentrisme actuel, imprimer la pluralité de notre culture dans les mémoires, l’enseigner et la vivre fièrement aussi bien à l’intérieur que sur la scène internationale.

Conclusion
La nation togolaise doit être construite; elle n’existe pas encore.

Pourquoi le Togo n’a pas encore de nation?
La lutte pour l’indépendance a été menée sur la base de la citoyenneté et a réussi à rassembler tous les éléments pour que la nation se construise. Le peuple togolais de l’époque avait une même histoire (avant la colonisation, la colonisation), un même territoire (le Togo), une même vision politique (obtenir l’indépendance et s’autogérer) et une même volonté de vivre ensemble.
Pourtant, la nation togolaise telle qu’elle naquit au lendemain de l’indépendance fut embryonnaire: le Togo indépendant était privé d’une langue nationale parlée par tous et issue de sa population; le Français admis comme langue officielle n’était pratiqué que par une minorité. Il était nécessaire de renforcer le sentiment national dans tout le pays, particulièrement dans les zones non côtières du pays.
L’indépendance a accouché également d’un État togolais qui, malgré la volonté de maintenir une culture nationale forte, a fini par lâcher et a fait le choix de cloner les structures politiques de l’ancien maître, ceci en déconnexion progressive de nos réalités.
Pour ces raisons fondamentales, la création de la nation est une œuvre immense qui doit être inscrite dans tout programme de gouvernement et à laquelle les structures sociales doivent être associées.
Si, dans les démocraties anciennes, la nation a précédé l’État, dans les pays africains, anciennement colonisés par la France, l’État a précédé la nation. Le Togo n’échappe pas à la règle. Pour réussir à donner au Togo une nation, il eut fallu que la nation embryonnaire de 1960 fût consolidée par un rapprochement entre la culture et la politique. Il en fut autrement et, de surcroît, l’embryon a été étouffé par le changement de régime de 1963. Symptomatique de ce renoncement, le choix que nous avons fait d’abandonner nos prénoms togolais pour des prénoms français. Ce choix délibéré ne se retrouve pas chez les Chinois, les Irakiens, les Russes ou les indiens. Les nationaux des pays cités portent fièrement des prénoms relatifs à leurs propres cultures plutôt que des prénoms issus de la culture du colonisateur tels que Paul, François, John ou Dyck. Une vague de modernisme a consisté et l’État a laissé faire, à ajouter le caractère r à la fin de certains noms de famille qui initialement se terminaient par le caractère o afin d’obtenir une syllabe à consonance française avec un or final qui se substitue au o.

Comment l’absence de nation se manifeste-t-elle?

L’ethnocentrisme est un frein indubitable à l’unité nationale et sépare mécaniquement les togolaises et les togolais en deux groupes. L’absence de convergence politique, la violation de la souveraineté du peuple, la préférence ethnique, le non respect des textes institutionnels ainsi que les inégalités conduisent logiquement les togolais à ne pas vivre ensemble mais côte à côte. La réponse à cette situation réside dans une volonté d’ouverture dont la conséquence majeure serait l’adhésion du peuple à un modèle de société juste parce qu’édifiée sur des règles auxquelles doivent obéir les gouvernés et les gouvernants. Cette justice immanente à la société que nous voulons pour le Togo doit déboucher sur une réalité où les togolaises et les togolais ne seraient plus traités en fonction de la distance culturelle ou de la parenté qui les séparent du sommet de l’État.

Expression de la volonté de vivre ensemble
Des personnes acceptent de vivre ensemble parce que la société telle qu’elles la vivent et la gestion de ladite société leur conviennent. Cela suppose que la population se prononce sur un modèle de société soumis à sa sanction. Le modèle soumis à l’appréciation du peuple doit être élaboré par un collège de structures et de personnalités représentatives de la population et de la société. Dans la pratique, il s’agit de définir la Constitution ainsi que les textes qui réglementent le fonctionnement de la société.
On comprend bien qu’il n’est pas fondé en équité que ce travail dont le résultat détermine la vie de chacun soit réservé à un gouvernement réuni en conclave, si légitime soit-il, mais élargi à l’ensemble de la population. La rédaction de la constitution doit être faite de manière à ne contenir aucun élément de détail afin qu’elle garde toute sa solennité et éviter ainsi qu’elle fasse l’objet de révisions fréquentes. La constitution doit, tel un rocher inexpugnable, braver le temps et résister aux assauts, voire aux velléités de révisions partisanes. En réalité, il s’agit de déterminer si la constitution doit être facilement révisable ou si la révision doit être exceptionnelle. Le citoyen, par nature ou par expérience, se méfie du législateur et toutes les modifications partisanes subies par notre constitution depuis toujours justifient cette défiance. Je préconise que la révision soit difficile à mettre en œuvre pour éviter les dérives que nous avons connues.
En conscience, je suis convaincu que dans le contexte togolais actuel, consulter la population par référendum pour approuver certains textes importants serait un geste symbolique fort qui signerait l’acte de naissance de la nation nouvelle qui nous fait tant défaut. Par ailleurs, nous avons le devoir de rendre nos principales institutions justes, de proclamer le peuple souverain et lui donner les moyens de participer aux décisions autrement que par l’intermédiaire de ses représentants. Il ne faut jamais perdre de vue, que la souveraineté de l’État n’est qu’une délégation de pouvoir de la part de la nation qui en est la seule et unique détentrice. L’assemblée nationale n’est-elle pas ainsi dénommée, parce qu’elle représente la nation qui doit pouvoir marquer son approbation ou sa désaffection, si besoin est, de ses représentants? Le législateur togolais n’a pas toujours légiféré dans l’intérêt du pays, mais souvent au profit de son parti et du système auquel il appartient. En agissant ainsi, il a fait preuve de forfaiture, puisque la faute politique est constituée dès lors que l’arsenal institutionnel est considéré seulement d’un point de vue technique et qu’il occulte totalement le devoir de faire des lois justes.

Comment fait-on des lois justes?
Nous sommes ici dans la sphère de la morale et de la philosophie politique. Je pense qu’un homme, habité par le souci de justice acquise par culture ou par naissance, fera tout naturellement des lois justes. Il vaut mieux, toutefois, définir une procédure qui, correctement appliquée, garantit des lois justes. Pour ce faire, le législateur doit se mettre dans une situation où il occulte ses avantages, son appartenance à un parti politique ou à un groupe d’intérêts, la position de sa famille et ses perspectives d’avenir. Dans ces conditions, ne pouvant déterminer quelle incidence sa propre loi aurait sur sa vie, le législateur, par prudence, serait enclin à faire des lois justes.
Faire des lois justes est de nature à donner confiance aux citoyennes et aux citoyens et participe de la stabilité de la société et de la justice des institutions. En agissant ainsi, le législateur suscite la confiance dans les institutions et l’attachement à la nation.

Adhésion
Il n’est pas fondé en équité d’imposer, in abstracto, un modèle de société à une population entière. Il est aberrant de vouloir changer une société en faisant fi de l’avis du peuple. Si une telle volonté s’affiche, il convient de la cadrer par une consultation populaire. A défaut, ce qui pourrait ressembler à une arrogance de la part des élus et au non respect de la souveraineté du peuple conduirait inévitablement à la violation des droits du peuple et à la désintégration de la nation. L’adhésion de la population aux choix de ses dirigeants doit être considérée comme un des actes qui consolident la nation ou la fondent.

Définition
A la lecture de ce qui précède, une nouvelle définition de la notion de nation pourrait être la suivante:
Une nation est un peuple constitué en corps politique dont la volonté est mise en oeuvre par des représentants élus, sans qu'aucun corps intermédiaire ne puisse y faire obstacle.

Conclusion
Le concept de nation doit devenir l’épine dorsale de notre système politique et institutionnel et le fondement de toute légitimité politique. La nation togolaise que nous voulons bâtir doit être la source des différents pouvoirs et doit conduire à la disparition du Patapa qui caractérise les pouvoirs totalitaires, usurpateurs de souveraineté, briseurs de rêves et générateurs de misère. Corollaire de cette exigence, le peuple doit être respecté et les moyens doivent lui être donnés juridiquement pour qu’il puisse, en dehors des scrutins, abroger des décisions prises par ses élus, proposer des idées nouvelles en cas de besoin dans le cadre de sa participation à la gestion du pays.
La politique, c’est-à-dire l’art et la pratique du gouvernement des sociétés humaines, ne doit pas se concevoir dans un cadre différent.
Dès lors, la nation togolaise unique et indivisible constituant la source de tout pouvoir, tous les actes qui le mettraient en danger, seraient déclarés, de facto, illégaux et traités comme tels. Certains maux gangrènent l’administration publique togolaise qui nécessite un lissage dans l’intérêt supérieur de la nation. Une telle décision qui participe de la cohésion nationale n’est pas en contradiction avec le respect des identités régionales dont chacune est une facette de notre culture nationale. Les cultures ethniques doivent être maintenues et célébrées mais dans le cadre juridique strict de nos institutions, dès lors qu’elles ne sont pas en contradiction avec la démocratie et la laïcité.
Initiatives & Développement souhaite que la nation togolaise soit une communauté de destins politiques et idéologiques soudée autour d’une identité nationale. Dit autrement, le peuple doit être respecté: lorsqu’il vote, son suffrage doit être respecté; lorsqu’il manifeste pacifiquement contre ses élus, il doit être écouté et plus jamais massacré.
Pour que la nation soit une réalité vécue, il faut qu’elle soit enseignée. C’est l’une des vocations de l’école où elle doit commencer à être enseignée et se poursuivre durant toute la vie dans des formes qu’il reste à définir.
Il appartient au peuple togolais de converger vers la nation en acceptant son histoire et en exprimant une volonté de vivre ensemble, aidé en cela par les politiques. Le Togo d’aujourd’hui se bat pour des valeurs que chaque citoyen doit reprendre en son nom propre.
Ne perdons pas de vue que la création de la nation suppose une volonté politique.


Adan Akpotsui
Secrétaire National
Du parti ID

Initiatives & Développement
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Un Peuple souverain, un Destin partagé

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