(CDPA-BT, www.cdpa-bt.com, Lomé, Togo, 12 juillet 2006)
Une Force Alternative d'Opposition pour mettre fin à la dictature et instaurer la démocratie au Togo
Extrait N°3
«...La politique d'opposition conduite dès avant les accords du 12 juin est marquée par quelques faits essentiels qui en expliquent l'échec. Parmi ces faits, il convient de retenir en priorité l'inadaptation de cette politique à l'objectif du changement, la marginalisation des masses populaires par rapport à la lutte et une tendance excessive au dialogue et au compromis avec le régime de dictature.
Inadaptation par rapport à l'objectif de la lutte. Le caractère totalitaire du régime militaire et la répression si souvent sanglante constamment exercée sur la population avaient totalement étouffé la conscience politique des hommes et des femmes, inhibé toute volonté de résistance à l'oppression et noyé le pays dans l'obscurantisme politique la plus rétrograde possible. Cette situation exigeait un difficile travail de conscientisation politique auprès des masses populaires tant urbaines que rurales. Seuls, des partis d'opposition pouvaient réaliser ce travail avec efficacité.
Entrepris par les rares partis créés dans la clandestinité à l'étranger avant avril 1990, ce travail n'avait pas atteint le niveau de développement souhaitable avant l'explosion sociale du 5 octobre 1990. L'aspiration aux libertés démocratiques et au respect des droits humains était si forte que les toutes premières actions suscitèrent un grand espoir de libération, qui provoqua l'insurrection d'octobre 90 et déclencha le processus de démocratisation plus tôt qu'on ne l'espérait.
Les partis d'opposition créés à partir d'avril 1991 après la légalisation du multipartisme imposé par la pression populaire n'ont pas poursuivi ce travail de politisation et d'organisation de la population. Les leaders de ces partis n'ont pas eu ainsi derrière eux une masse populaire suffisamment politisée et organisée pour représenter une force politique capable de mettre le rapport des forces du côté de l'opposition. En conséquence, ils ont toujours été faibles face au régime RPT.
Cette situation de faiblesse les a toujours forcés à reculer aux moments critiques de la lutte et à constamment rechercher le dialogue, la négociation, le compromis avec un régime qui n'entend rien céder, et qui nourrit constamment une haine viscérale pour l'opposition démocratique. Elle a rendu les leaders de l'opposition incapables d'imposer une politique offensive massive au régime. L'appel incessant à la "communauté internationale" traduit également cette faiblesse. La politique d'opposition conduite dans ces conditions n'est ainsi pas adaptée à l'objectif de la lutte.
Une approche politique inappropriée et ses conséquences. Ceux qui avaient attendu qu'Eyadema donne le «feu vert» avant de créer leurs partis à partir d'avril 1991, voyaient plus l'accès au pouvoir que la lutte pour l'abolition du pouvoir despotique. Ils étaient en effet persuadés que tout allait être réglé par la Conférence nationale, que Eyadema allait se retirer à la fin des assises comme Kérékou l'avait fait au Bénin, et qu'il ne resterait plus alors qu'à se battre entre soi pour se hisser à la tête de l'État. Cette approche erronée du problème togolais a eu de graves conséquences qui ont fortement contribué à l'échec de la politique d'opposition.
Étant ainsi persuadés en effet que le régime tomberait tout seul dans la salle Fazao, les partis créés dans la précipitation à partir d'avril ne se sont pas préparés pour mener une lutte d'opposition qui allait être longue. Ils ne pouvaient même pas prendre le temps nécessaire pour s'y préparer puisque le plus urgent était désormais pour eux l'accès au pouvoir. Aussi, devant l'offensive d'Eyadema, toute la politique d'opposition ne sera-t-elle plus qu'une suite d'improvisations ruineuses.
Une autre conséquence de cette vision de l'évolution de la situation est la concurrence devenue alors inévitable entre les partis de l'opposition pour le pouvoir. La thèse selon laquelle un parti qui "ne veut pas le pouvoir" n'est pas un parti politique est érigée en une sorte de vérité absolue et posée comme un critère d'appréciation des formations politiques et de leurs dirigeants. Cette concurrence entre partis d'opposition pour le pouvoir est la raison fondamentale de l'impossibilité de toutes formes d'union, et même d'unité d'action au sein de l'opposition. On ne peut pas en effet compétir pour le pouvoir et s'unir pour l'abolir. Comme on l'a vu après les législatives de 1994, cette concurrence a même conduit des partis d'opposition à s'allier au RPT contre d'autres partis d'opposition ou, plus tard, en 1998, à préférer voir Eyadema au pouvoir plutôt qu'un leader concurrent de l'opposition. La concurrence entre partis d'opposition pour le pouvoir ne se conçoit pas dans un régime despotique. Les leaders des partis d'opposition ont commis l'erreur de croire que le pays était devenu un pays démocratique. C'est une erreur politique fatale...»
(Une force alternative d'opposition pour mettre fin à la dictature et instaurer la démocratie au Togo, décembre 2002, pp. 21-24)
À suivre: La marginalisation de la masse...
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