(CDPA-BT, www.cdpa-bt.com, Lomé, Togo, 27 juillet 2006)
Une Force Alternative d'Opposition pour mettre fin à la dictature et instaurer la démocratie au Togo
Nous avons mis un premier extrait de cette brochure sur notre site en date du 6 juillet 2006. Pour l'information du public et de tous ceux qui recherchent une voie alternative pour permettre à l'opposition togolaise de mettre fin à la dictature dans notre pays. Nous avons le plaisir de proposer ce 5e extrait où la CDPA-BT formule les six principes fondamentaux de la politique alternative d'opposition que ce parti propose depuis des années. Nous recevrons les réactions avec un grand intérêt.
Extrait N°6
«...Le régime politique en vigueur dans le pays depuis près de quarante ans maintenant est un régime de dictature à pouvoir personnel. Ses caractères essentiels en font un obstacle irrémédiable au développement du pays et à la prospérité des Togolais. Il constitue la source principale de la misère du peuple et il hypothèque gravement l'avenir du Togo.
La lutte en cours contre ce régime se justifie par ces caractères. Son objectif premier ne peut donc qu'être la disparition de ce régime et l'instauration d'un système politique démocratique dans le pays. L'objectif de l'abolition du régime despotique est un impératif catégorique, ne serait-ce que parce qu'il correspond aux aspirations clairement exprimées par la volonté populaire le 5 octobre 1990. «Vingt ans, ça suffit», avait-t-on dit. Cela veut dire qu'il ne s'agit ni de partager le pouvoir d'Etat avec le régime de dictature, ni de s'accommoder d'une démocratie de façade.
La disparition du régime ne se réduit pas au simple «départ» de celui qui l'incarne au premier chef. C'est ce que nous exprimions déjà dans l'Alternative (1988) en disant que «La personne du président actuel du Togo n'a pas un intérêt en soi dans la perspective des efforts à mener pour instaurer la démocratie et le respect des droits de l'homme dans le pays» (L'Alternative, 1988, p. 38) . On ne saurait ainsi borner la politique d'opposition au "départ d'Eyadema". La dictature peut en effet survivre à Eyadema avec la complicité de ce dernier, soit sous une forme larvée, soit sous une forme encore plus brutale et plus rétrograde que ce que le pays a vécu depuis quatre décennies. L'objectif, c'est donc la fin du système de dictature et la mise à l'écart de la classe politique prédatrice qui l'a porté jusqu'à présent.
Dans cette situation, l'émergence de la force alternative d'opposition est soumise à des conditions impératives dont cinq au moins doivent retenir prioritairement l'attention.
Abandonner la politique d'opposition conduite jusqu'à présent. L'abandon de la politique d'opposition conduite jusqu'alors et la définition d'une politique nouvelle plus conforme aux aspirations politiques de l'immense majorité des Togolais est la première de ces conditions. L'abandon de l'ancienne politique d'opposition signifie, entre autres, l'élimination de la concurrence entre partis d'opposition pour la prise du pouvoir au cours de la transition démocratique, et la cessation des rivalités de leadership induites par cette concurrence.
Il ne s'agit pas cependant de brader la pluralité des partis d'opposition pour en arriver dans les faits à un parti unique d'opposition aux relents forcément rpétistes. Les difficultés actuelles des chefs des partis d'opposition à s'entendre sur un essentiel sérieux proviennent, non pas de la multiplicité des partis d'opposition, mais de la course insensée engagée par certains de ces chefs de parti pour le pouvoir tout de suite. Le multipartisme est une des libertés démocratiques conquises par le peuple avec tant de sacrifices. On ne peut le remettre au vestiaire sous quelque prétexte que ce soit.
Se préoccuper aussi des manifestations de l'oppression au ras du sol. Les manifestations de l'oppression au ras du sol sont toutes les dispositions que prennent le régime et ses représentants pour rendre la vie quotidienne difficile pour la masse de la population. On les connaît assez pour qu'il ne soit plus nécessaire de les énumérer. Elles vont des barrages sur les routes jusqu'au non-paiement régulier des salaires dans la fonction publique. C'est à travers ces manifestations primaires de l'oppression que la population ressent directement le poids de la dictature. C'est en luttant contre elles dès maintenant que les Togolais se sentiront plus immédiatement concernés par la lutte contre le régime despotique et pourront alors s'y impliquer massivement.
L'abandon de l'enfermement à tout prix de la logique électorale. Dans la situation politique spécifique du Togo sous régime de dictature, il est illusoire de croire qu'il suffit que la population aille aux élections et que l'opposition les gagne pour que le régime et ses tenants quittent le pouvoir les mains en l'air. Les présidentielles de juin 98 et le coup de force électoral sont édifiants à cet égard.
L'enfermement dans la logique électorale exclusive est suicidaire. Sans doute le changement du régime peut survenir par la voie des élections. A condition que celles-ci s'accompagnent d'une pression populaire suffisamment organisée et suffisamment forte pour dissuader le parti de la dictature de toute tentative d'usurpation de la victoire du peuple. Mais la pression populaire ne vient pas par génération spontanée. C'est une construction qu'il faut faire. Sans une pression populaire construite, les élections ne sont jamais qu'un stratagème pour garder le statut quo ante en permettant aux despotes néocoloniaux de se maintenir au pouvoir.
L'élimination de la marginalisation de la population. L'élimination de la marginalisation de la population par rapport au processus politique est une condition fondamentale de l'émergence de la force alternative d'opposition. Elle suppose, de toute évidence, une restauration effective des masses populaires dans la lutte contre le régime, et donc un ensemble de mesures pour permettre leur implication totale et organisée dans l'action politique. La restauration de la population dans le processus politique est en contradiction avec des pratiques telles que la rétention de l'information, la sous-information de l'opinion, la tendance à prendre la population pour un mineur, à parler et à agir en son nom sans demander son avis et sans lui rendre des comptes.
La remobilisation des masses populaires. Elle ne se réduit pas aux appels périodiques de la population à des manifestations du genre marches de protestation et autres sittings que nous avons faits jusqu'à présent. Il ne s'agit pas de rejeter ces formes d'action. Mais force est de constater qu'elles n'ont aucun impact sur le pouvoir et qu'elles n'ont guère entretenu que des illusions.
La remobilisation va donc bien au-delà de ces types de manifestation. En tout état de cause, son objectif n'est pas de donner à l'opinion le sentiment que l'on fait quelque chose ou que l'on existe en tant que parti d'opposition ou en tant qu'opposition. Son objectif est de responsabiliser les masses populaires opprimées, c'est-à-dire de les mettre en mesure de choisir en toute connaissance de cause et de prendre des initiatives en vue de transformer leur situation politique.
Dans les conditions présentes de la restauration de la dictature, la remobilisation vue sous cet angle suppose des stratégies politiques et des formes d'action précises que l'opposition peut mettre en œuvre pour sortir de l'enlisement et avancer...»
(Une force alternative d'opposition pour mettre fin à la dictature et instaurer la démocratie au Togo, décembre 2002, pp. 33-37)
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