(ADDI, Lomé, Togo, 13 octobre 2006)
1- La formation du gouvernement d’union nationale conduite par Me Yawovi Agboyibo semble créer un sentiment de satisfaction au sein d’une certaine opinion nationale. Est-ce le cas dans les rangs de l’ADDI?
L’ADDI avait fait une déclaration suite à la formation du Gouvernement d’Union Nationale (GUN) avec Me Yaowi Agboyibor comme Premier Ministre. L’ADDI avait fait quatre remarques importantes. Nous avions regretté que le choix du Premier Ministre, en se référant à la Constitution de 2002, ne respecte pas l’esprit de l’Accord Politique Global. Ensuite, pour l’ADDI le Gouvernement était un Gouvernement de large effectif plutôt que d’union nationale. Compte tenu de la répartition des portefeuilles ministériels, ce Gouvernement a beaucoup plus pour but de sécuriser le RPT et ses ailes marchantes et est annonciateur de l’organisation d’élections législatives les moins transparentes de l’histoire du pays. Enfin, les faibles consultations qui ont eu lieu avant la formation de ce Gouvernement, suggèrent que peu d’efforts de recherche de consensus sera entrepris si ce Gouvernement rencontre des problèmes lors de la mise en œuvre de la feuille de route de l’Accord Politique Global.
2- Le nouveau Premier ministre semble décidé à faire tout ce qui est de son pouvoir conduire les Togolais à une vraie réconciliation. Pensez-vous qu’il pourra avoir les coudées franches pour mener à bien sa mission?
Dans la situation actuelle, rien ne permet de dire qu’il est décidé à tout mettre en œuvre pour une réconciliation entre togolais. Et même, s’il était décidé, aurait-il les moyens de sa politique? Selon les dispositions de la Constitution à partir desquelles il a été nommé, le Premier Ministre n’a aucun pouvoir. L’ambiance dans laquelle le GUN a été formé ne me permet pas d’être trop optimiste. De même, les circonstances confuses et suspectes qui ont présidé à la formation de ce gouvernement me laissent perplexe. A-t-on vraiment voulu la participation de toutes les forces politiques du pays?
Pourquoi, les consultations ont été entourées de tant de secrets? Y’avait-il urgence à former le GUN dans la précipitation alors qu’on a mis près d’un mois pour nommer un PM? Vous savez, la réconciliation est devenue un fond de commerce politique pour une certaine classe politique togolaise. Les togolais ne veulent plus être gouvernés avec des slogans. Il faut passer des paroles et slogans aux actes. Pour cela j’attends de voir, ce dont est capable Me Agboyibor qui a les mains liées par la Constitution actuelle.
3- Le tâches prioritaires de ce gouvernement sera l’organisation d’élections législatives transparentes qui devront permettre aux Togolais de respirer un tant soi peu. Êtes-vous sûrs que les populations pour qui élections au Togo rime avec violence politique auront encore la tête tranquille pour répondre à l’appel des leaders politiques?
Vous avez certainement raison de vous inquiéter. La faute a été commise déjà dès la conception de l’ordre du jour du Dialogue inter togolais qui a abouti à l’Accord Politique Global. Pour l’ADDI, ce Dialogue aurait dû permettre aux Togolais de discuter les vrais problèmes qui nous divisent et on se limiter à l’organisation d’élections législatives. Nous n’avons pas malheureusement été écoutés. Mais ceci appartient au passé. Contentons-nous de ce que nous avons. Pour l‘ADDI, il faut espérer que la participation de leaders de différents partis politiques à un même Gouvernement leur permettra de se faire mutuellement confiance. Si avant la tenue des prochaines consultations électorales, la peur incurable de tomber dans l‘opposition qui anime les responsables du RPT est réduite, alors nous pourrons espérer que les Togolaises et Togolais pourront répondre à l’appel des leaders politiques et que les élections se dérouleront de manière relativement transparente.
4- La situation vient d’être compliquée au sommet de l’État avec la nomination du premier ministre sortant Edem Kodjo comme ministre d’État délégué à la présidence. Ne croyez-vous pas que le RPT est entrain de jouer encore une de ses cartes pour saper le processus de réconciliation engagé par l’Accord du 20 août et compliquer la tâche à Me Agboyibo?
Pour nous, la nomination de Edem Kodjo comme ministre d’état, quoi que ne respectant en aucun cas l’esprit de l’Accord Politique Global, constitue un non évènement. C’est un arrangement entre Faure et lui pour lui permettre peut-être de s’éterniser dans les cercles du pouvoir et de continuer à bénéficier des avantages matériels et financiers de l'État. Penser que Edem Kodjo à lui seul est capable de torpiller le gouvernement ou compliquer la tache au Premier Ministre, me paraît être une surestimation des capacités politiques de Edem Kodjo et des marges de manœuvres dont il dispose. C’est incontestablement, à mon avis, ce genre d’attitudes qui a fini par faire croire à certains qu’ils étaient incontournables. Pour l’ADDI, nul n’est incontournable!!! Je crois que le temps des équations personnelles et des guides éclairés est bel et bien révolu. Il est possible qu’il puisse peut-être influer sur une infime partie du cours de la vie politique, mais je crois qu’il servirait plutôt comme complément de délégation de missions officielles, comme d’ailleurs certains Togolais de son âge. C’est réellement dommage pour des personnalités d’une telle carrure, intelligence et expérience. Avec ce comportement, ils peuvent peut-être également faire prolonger de quelques mois, voire quelques années, la souffrance de la population togolaise! C’est vraiment dommage.
5- L’ADDI, tout comme d’autres partis qui n’ont pas pris part au dialogue, ne fait pas partie du nouveau gouvernement d’union. Comment allez-vous participer à la mise en œuvre de l’Accord Global Politique?
Nous avions déjà dit dans l’une nos prises de positions que ne pas être au dialogue, n’empêche pas de contribuer aux succès des travaux. Eh bien, nous sommes toujours dans cette même dynamique. Ne pas être au GUN, ne nous empêche pas de contribuer à la mise en œuvre de l’Accord Politique Global. Nous disposons des moyens politiques légaux et des ressources humaines capables de représenter valablement nos intérêts à tous les niveaux du processus. Vous voyez, il n’y a qu’au Togo, où l’on pense qu’il faut être au gouvernement afin de pouvoir prendre part à l’animation de la vie politique, ce qui est indicateur de mauvaise gouvernance. Je peux vous dire que l’ADDI sera présente à toutes les étapes du processus devant conduire à l’organisation des élections législatives transparente, crédibles et acceptables par tous. L’ADDI a prouvé à l’opinion nationale et internationale qu’elle a beaucoup de gens, des femmes, des hommes, des jeunes, des personnes âgées derrière elle. Il y a des électeurs qui ont montré qu’ils sont avec ce parti.
6 - Qu’avez-vous à dire aux Togolais pour qu’ils restent sur le qui-vive afin les acquis de l’Accord Politique Global ne connaissent pas le sort des accords antécédents?
Parler d’acquis de l’Accord Politique Global! Cet Accord n’a apporté qu’un minimum. Nous devons tout mettre en œuvre pour qu’au moins ce minimum soit protégé intégralement, même si la formation du GUN indique que cela ne sera pas facile. Nous avions déjà annoncé la mise en place d’un Observatoire de suivi de la mise en œuvre de l’Accord Politique Global, ouvert à toutes les bonnes volontés, pour collecter toutes les informations sur la mise en œuvre de cet Accord. Nous invitons tous les Togolais à participer à cet exercice afin que nous puissions transmettre des informations fiables au «mécanisme de suivi de la bonne application des engagements souscrits», prévu par le point 5.2 de l’Accord Politique Global.
7- Dans son discours programme devant l’Assemblée nationale, Me Agboyibo a indiqué que le processus électoral pourrait durer 8 mois ou tout au plus 9 mois. Pensez-vous qu’on pourra tenir dans les délais?
Le plus vite ce Gouvernement quittera la cène politique, le mieux cela sera pour la population togolaise. Le plus vite ce régime inique disparaîtra, le mieux les Togolais se sentiront. Nous osons «rêver» que la CENI puisse organiser les élections dans un délai plus court. Revenons à votre question. Mais avez-vous pensez un seul instant que la proposition d’organiser les élections législatives d’ici huit mois émane vraiment du PM? À mon avis non! Il n’a fait que reprendre ce que Faure a proposé lors de son passage en Europe, notamment au sortir de son audience avec Jacques Chirac. Mais pire, le fait d’avaliser cette décision unilatérale de Faure inquiète davantage. Faure avait-il le droit d’annoncer la tenue des législatives en juin 2007? Non. Cette décision relève de la compétence de la CENI. L’Accord Politique Global est clair là-dessus. C’est elle qui est responsable de l’organisation des élections législatives.
En indiquant dans son discours programme devant l’Assemblée Nationale - exercice dont le PM n’avait d’ailleurs pas obligation- Me Agboyibor a également violé l’Accord Politique Global. Mais supposons qu’il veuille respecter les engagements «politiques» de son patron, on peut se demander s’il a bien évalué l’ampleur de cette tache? Probablement non. Pourra-t-il tenir dans le délai annoncé pour juin 2007? Comment compte-t-il mobiliser les ressources, notamment de l’extérieur, pour l’organisation du scrutin? Comment compte-t-il doter tous les Togolais d’une carte d’identité? Que compte-t-il faire pour créer la quiétude afin de ramener au pays les milliers de compatriotes exilés? La PM ne peut donner que des réponses vagues sur les moyens dont il dispose pour atteindre ces objectifs. Sur ce point, pour l’ADDI, le discours programme du PM se présente donc comme un chapelet de vœux pieux.
8- Avez-vous un mot pour vos militants pour les prochaines législatives qui s’annoncent?
À l’endroit des militants et des militantes du parti, je leur dis que notre pays est à un tournant décisif de son histoire politique mouvementé. J’ai fait le tour du pays. J’ai été très agréablement surpris par le fait que la non participation de l’ADDI au Gouvernement d’Union Nationale dans sa configuration actuelle, n’ait pas été perçue comme un échec, mais a été ressentie plutôt comme une preuve de la vitalité du parti et de la justesse de ses points de vue. Après tant d’années de lutte acharnée pour venir à bout de la dictature, l’ADDI s’est positionnée comme une force sur l’échiquier politique national. Notre existence et notre visibilité sur la scène politique ne sont plus à démontrer.
C’est le moment plus que jamais pour chaque militant et chaque militante de se mobiliser davantage, de se battre avec toutes ses forces pour qu’ensemble avec les autres Togolaises et Togolais, nous gagnions la véritable libération du Togo. Pour cela, ils doivent constituer des sentinelles éveillées pour empêcher les fraudes et le hold-up de la vie politique du pays qui ont toujours caractérisés le régime RPT.