(Convention Démocratique des Peuples Africains (CDPA), Lomé, Togo, 19 avril 2008)
Depuis le dernier congrès statutaire de la CDPA des 04 et 05 septembre 2004, des évènements majeurs sont intervenus dans notre pays. Le conseil national, réuni le 19 avril 2008, a procédé tour à tour à une analyse approfondie de ces évènements, de la situation politique, économique, et sociale de notre pays et à une évaluation du Parti. Le Conseil a abouti aux conclusions suivantes:
A. À propos des évènements majeurs intervenus au Togo, il s’agit de:
1- La disparition du chef de l’État, le Général Eyadema.
La CDPA a été l’un des partis qui se sont farouchement apposés au coup de force perpétré suite à cette disparition. De même, elle a prévenu du danger à organiser l’élection présidentielle anticipée dans un climat de tension extrême.
2- La présidentielle d’avril 2005.
* candidature unique: la CDPA a salué la candidature unique de l’opposition malgré les mécanismes trop partisans qui ont présidé au choix du candidat unique.
Au sein de la coalition des partis d’opposition, elle s’est totalement impliquée dans les différentes phases de l’élection.
Malheureusement, pendant les périodes préélectorales, électorale, postélectorale, la CDPA a fait le constat que certains de la coalition continuent en fait à développer la culture de «Nous d’abord, le pays ensuite.»
* Leçons des résultats de la présidentielle de 2005.
Au-delà des nombreuses irrégularités qui ont entaché cette élection, la principale leçon est que la violence politique a continué à être source de conquête et d’exercice du pouvoir dans notre pays. Aussi, dès les lendemains de cette élection, la CDPA n’a-t-elle cessé de réclamer avec force la fin de l’impunité qui rend possible cette violence politique. Cette position a été son leitmotiv au cours du dialogue inter togolais.
3- Le dialogue inter togolais et l’Accord Politique Global (APG).
Sans être nécessairement parfait, l’APG ayant sanctionné ce dialogue le 20 août 2006, bien appliqué pourrait mettre fin à la longue crise dans laquelle était plongée notre pays. Outre les dispositions portant sur le mécanisme électoral, des questions essentielles comme le retour des réfugiés, les réformes constitutionnelles et institutionnelles, les questions de l’armée et surtout de l’impunité ont été prises en compte.
Fidèle à son engagement, la CDPA a accepté de faire partie du GUN préconisé par l’APG et devant mettre en œuvre ses conclusions. Et l’on peut dire que la principale mission accomplie par ce GUN a été l’organisation des élections législatives du 14 octobre 2007.
4- Les législatives du 14 octobre 2007 et les enseignements à en tirer.
Ces élections législatives, considérées à tort ou à raison, comme un moyen de débloquer la crise politique dans le pays ,ont connu non seulement une fin mitigée mais ont surtout montré leurs limites dans la résolution de la crise.
Si sur le plan national, il faut saluer le recensement biométrique et l’absence de violence au cours de ce scrutin, il faut cependant déplorer les nombreuses fraudes surtout au dépouillement et à la proclamation des résultats (achats de consciences, intimidations voilées, substitution de résultats… etc.)
Au plan national, il reste à inventer des procédures permettant, enfin, d’avoir des résultats qui correspondent aux choix exprimés par les électeurs.
Le rapport des observateurs de l’UE constitue un très bon document de base à cet effet.
Pour la CDPA, les résultats ont été on ne peut plus mauvais.
La CDPA prend acte de sa défaite tout en déplorant les coups bas perpétrés au cours de la campagne, parfois par ses amis de la classe politique togolaise.
La CDPA se fait le devoir impérieux d’asseoir une véritable machine électorale pour l’avenir afin d’amener ses nombreux sympathisants dans la population à transformer leurs attachements en vote en sa faveur.
5- L’entrée de la CDPA au Gouvernement en dépit d’un mauvais résultat.
Pourquoi cette décision?
La réponse à cette question passe par la réponse à deux interrogations centrales?
Avec les législatives, sommes-nous désormais entrés en démocratie?
Avec les législatives, l’APG était-il devenu caduc?
Pour la CDPA, la réponse est non et il faut en tirer les conséquences. Par quel mécanisme opérer les différentes réformes préconisées par l’APG? Comment parvenir à mettre fin à l’impunité?
Comment améliorer le mécanisme électoral?
La CDPA considère qu’il est impératif de se préoccuper de ces problèmes avant le scrutin décisif du 2010. Se mettre dans le «starting block» en feignant de les ignorer, c’est aller à l’aventure.
La CDPA pense que dans le contexte actuel du Togo, un Pacte historique pour la démocratie s’impose, sans démagogie, sans fanfaronnade, sans considérations partisanes outrancières:
B. Situation d’ensemble dans le pays.
Malgré les élections législatives d’octobre 2007, le Togo reste un pays politiquement malade de ses fils, économiquement affaibli et socialement sinistré.
La vie chère qui frappe aux portes de tous les pays du monde, connaît un relief particulier dans notre pays en raison des divers programmes avec les différents partenaires en développement.
Même si les fraudes post scrutin peuvent faire douter de la sincérité des résultats proclamés, il ne demeure pas moins une constante que semblent confirmer ces élections:
Le Togo est artificiellement coupé en deux. Pire, cette coupure loin d’être idéologique repose plutôt sur l’instrumentalisation de l’ethnocentrisme et du régionalisme, terreau sur lequel se développe la corruption mais aussi l’achat des consciences et surtout l’impunité qui est la racine profonde des violences qui ont émaillé l’histoire politique de notre pays.
Les replis identitaires semblent se renforcer.
Nous voilà renvoyés à l’histoire de notre pays où «le diviser pour régner» du colon a accouché du régionalisme et du tribalisme politique. Un demi siècle après, les Togolais, tels des marionnettes, continuent de danser cette sordide musique, alors que le marionnettiste, le colon, est parti depuis!
Des dirigeants politiques se sont assis sur ce terreau pour régner et confisquer le pouvoir d’État à leur profit
Sur le plan économique, les indicateurs macro-économiques sont au rouge.
Mieux, cela se ressent très sévèrement dans le panier de la ménagère.
Les infrastructures sont délabrées. Les Togolais vivotent. La paupérisation est ambiante et se généralise.
Un sursaut patriotique s’impose pour sauver ce qui peut encore l’être.
Mais pour donner des chances réelles à une sortie de crise, il y a un préalable important: les Togolais doivent considérer le régionalisme et toutes ses dérivées comme dangereux pour la vie commune et y renoncer solennellement. Voilà le premier alinéa du pacte historique auquel la CDPA invite la classe politique togolaise. Cette démarche préjudicielle permettra de jeter les bases d’une nouvelle vie commune dans une ambiance de réconciliation totale que la fin de l’impunité, bien pilotée et le partage du pouvoir peuvent accoucher.
C. La CDPA: évaluation et perspectives.
1- Évaluation
Avec l’échec aux élections passées, la CDPA réalise qu’elle a un déficit institutionnel (niveau d’organisation, machine électorale).
La CDPA se félicite de son courage politique en acceptant le sacrifice d’aider à décrisper l’atmosphère politique malgré les cris des sirènes et autres vendeurs d’illusions.
2- Perspectives
a- Pour la CDPA
Le Conseil National recommande que les militants et les dirigeants de la CDPA travaillent au développement institutionnel du parti, notamment.
- en élevant le niveau de sa capacité organisationnelle
- en renforçant son identité politique
- en travaillant à l’unité interne du parti
- et en bâtissant une véritable machine électorale
La CDPA doit continuer à travailler pour baliser la voie à une réconciliation nationale et au développement, en aidant:
- à mettre fin aux privilèges indus, qu’ils soient politiques, économiques ou claniques
- à éliminer l’impunité sous toutes ses formes
- à promouvoir la bonne gouvernance et la transparence
- à relancer l’économie nationale enfin débarrassée de l’opacité
- à mettre à niveau nos écoles, hôpitaux, routes et autres infrastructures
- à marquer un plus grand souci pour l’emploi des jeunes
Libérer enfin l’avenir de notre pays en s’investissant dans la conclusion d’un pacte historique pour l’instauration de la démocratie au Togo doit être le leitmotiv de la CDPA.
b).Pour un prochain scrutin sans heurts, il faut:
- procéder à toutes les réformes préconisées;
- améliorer le mécanisme électoral;
- régler la question de l’impunité;
Tout cela n’est possible que si les principaux acteurs sont dans une dynamique de Pacte sur les valeurs essentielles de la démocratie et du vivre ensemble.
3- De la nécessité d’un pacte pour la gestion d’une période transitoire.
Avant qu’une alternance politique ne puisse se réaliser, il y a trois hypothèques à lever: la question de l’impunité, les différentes réformes constitutionnelles, institutionnelles et de l’armée, une vraie réconciliation nationale.
L’élévation du niveau de vie des citoyens pour les rendre de vrais électeurs autonomes est également un impératif déterminant.
Sans la réalisation de ces tâches après la signature du Pacte national pour la démocratie, une victoire de l’opposition en 2010 serait encore une victoire à la Pyrrhus!
La CDPA réitère sa conviction qu’aucune formation politique n’est en mesure à elle seule de mener à terme cette importante mission. Cette conviction, la CDPA l’a proclamée dès le lendemain de la Conférence Souveraine. D’où son slogan «Démocratie d’abord, multipartisme ensuite» ayant induit d’autres comme «Ensemble, nous vaincrons», ou encore «Libérons enfin l’avenir». Il y a donc une constance dans les prises de position de la CDPA, lesquelles prennent racine dans cette même logique que développait déjà le roi du Dahomey, Ghezo «Si tous les fils du pays venaient par leurs doigts boucher les trois de la jarre, le royaume sera sauvé». Et qui peut prétendre ignorer aujourd’hui que notre cher Togo est pareil à cette jarre percée?
La CDPA ne s’inscrit pas dans la logique du «c’est moi ou le chaos». Du reste, tout en sachant qu’il appartient au peuple togolais de faire appel à son propre génie pour trouver la solution appropriée à une sortie de crise durable, il n’est pas moins intéressant de puiser dans les expériences des autres peuples. Ainsi, au lendemain de la seconde guerre mondiale, en Allemagne, la SPD et la CDU ont dû gouverner ensemble, la majorité ayant évité d’écraser la minorité. En Afrique du Sud, l’ANC avec à sa tête Nelson Mandela, n’a-t-elle pas partagé le pouvoir avec le régime de l’Apartheid pour préparer l’alternance?
La CDPA se félicite que, aujourd’hui, des voix s’élèvent pour reconnaître que dans notre pays, une transition consensuelle peut être la voie la moins onéreuse pour une entrée définitive en démocratie. Y a-t-il meilleure formule pour les Togolais d’apprendre ou réapprendre à vivre ensemble!!!
Par un Pacte historique, libérons enfin l’avenir au Togo.
Fait à Lomé, le 19 avril 2008
Convention Démocratique des Peuples Africains (CDPA)
2, rue des Cheminots, BP 8634, Lomé, TOGO Tél: (228) 221 71 75, Fax: (228) 226 46 55
Courriel: cdpatogo@hotmail.com