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CONFÉRENCE DE PRESSE

(CDPA-BT,   www.cdpa-bt.com,  Lomé, Togo,  10 juin 2008)


Mars-Mai 2008

10 Juin 2008
Présentation liminaire

Le régime n’a donc pas changé. Et tout son discours et sa pratique politique montrent qu’il n’a pas l’intention d’engager des réformes susceptibles d’ouvrir éventuellement une voie pour la démocratie, ne serait-ce que de l’alternance au pouvoir.

Le régime en place n’entreprendra jamais, et de lui-même, les réformes essentielles devant engager le pays dans la voie d’une gestion démocratique de l’Etat et de la société. Cela se comprend bien. Le régime et son parti ne se sentiront obligés de le faire que sous pression d’une opposition démocratique forte.

Messieurs les journalistes, honorables invités, chers compatriotes, nous sommes heureux de pouvoir vous souhaiter la bienvenue. Et nous ne pouvons pas vous cacher le plaisir que nous attendons de pouvoir échanger avec vous quelques idées sur la situation politique que nous vivons aujourd’hui au Togo et sur le devenir du pays.

I- «On ne vous voit pas…»

1- Au sujet de la CDPA-BT, on nous a souvent dit qu’on ne nous voit pas, qu’on ne nous entend pas. Certains d’entre vous les journalistes nous font même le reproche de nous contenter d’écrire et de critiquer et nous ont souvent fait la leçon en nous disant que «critiquer, c’est bien; mais agir, c’est mieux!»

2- Il faut être mesuré. On nous a tout de même vus un peu. La conférence nationale, le COD I, le COD II, et même la CFD. Mais si on ne nous a pas beaucoup vus, c’est parce que nous avons délibérément choisi de nous mettre à l’écart de l’orientation électoraliste imprimée à la lutte d’opposition dès 1993, une orientation fondée en plus sur la course concurrentielle entre partis d’opposition pour le pouvoir.

3- Très tôt, nous avons acquis la conviction que cette orientation ne peut pas nous permettre d’atteindre l’objectif du changement démocratique. Et nous l’avons dit à plusieurs reprises, parfois avec un peu de vivacité. Naturellement, cela n’a jamais plu. Et c’est normal.

4- Si nous avions épousé nous aussi cette orientation de la lutte d’opposition, on nous aurait vus nous aussi partout: A Lomé 2, à Paris, à Bruxelles, dans les campagnes électorales, dans les innombrables dialogues qui ont toujours suivi des élections bidon, même sous l’Apatame!… On nous aurait vus nous battre nous aussi contre les autres partis de l’opposition pour la première place, réclamer le partage du pouvoir avec ceux qui n’entendent pas le partager, applaudir le document de l’APG, participer au Gouvernement dit d’union nationale. On aurait même vu aujourd’hui la CDPA-BT dans le Gouvernement de Faure ou à l’Assemblée.

5- Mais en réalité, on nous a tout de même entendus un peu, puisqu’on nous reproche de nous contenter de critiquer au lieu d’agir. Et ceux qui l’ont voulu ont parfois lu ce que nous écrivons, savent donc nos prises de positions politiques, connaissent notre ligne politique et la constance avec laquelle nous sommes restés sur cette ligne jusqu’aujourd’hui.

II- Que demandaient les Togolais dans la rue en octobre 1990?

1- L’insurrection populaire d’octobre 1990 a déclenché le processus de démocratisation contre le gré du régime Eyadema et de son parti, le RPT. Il s’agit, pour l’opposition, et singulièrement pour les partis de l’opposition, de se battre ensemble pour faire aboutir d’abord le processus ainsi déclenché. A partir de ce moment, et à partir de ce moment seulement, les partis politiques pourraient commencer à se battre entre eux pour le pouvoir. Et ils le feraient dans des conditions politiques et sociales normales, c’est-à-dire régulées par un minimum d’institutions démocratiques, chacun pouvant ainsi afficher clairement son projet de société, et son programme d’action pour le réaliser, comme cela se passe dans les pays démocratiques.

2- Tant que les partis de l’opposition ne se battront pas ensemble pour amener, je devrais même dire, dans le cas échéant, imposer l’instauration des institutions démocratiques essentielles, aucune élection jamais ne conduira à l’alternance au pouvoir dans les présentes conditions politiques et sociales, quelque soit par ailleurs le nombre des observateurs étrangers. Toutes ne feront que conforter le régime en place, comme cela s’est passé depuis 1993. Jamais aucun parti d’opposition pris isolément ne prendra le pouvoir dans ces conditions; et dans tous les cas de figure, il ne pourra pas l’exercer plus de six mois, même si on lui en faisait cadeau.

III- Le régime n’a pas changé.

1- C’est la première fois que la CDPA-BT organise une conférence de presse. Nous avons jugé cette sortie publique nécessaire parce que la situation politique continue de se dégrader en réalité, rendant les perspectives d’avenir de plus en plus sombres pour l’opposition démocratique.

2- Tout le monde sait que rien n’a changé dans la situation politique par rapport aux années 2005. Le régime d’Eyadema, contre lequel les Togolais se sont insurgés en 1990, s’est maintenu et continue de fonctionner de la même manière. Les acteurs principaux de la gestion de l’Etat sont restés les mêmes, sauf qu’ils sont plus jeunes. Les méthodes de gouvernement sont restées les mêmes. L’administration publique est restée la même.

3- En s’appuyant sur le même RPT, le régime continue de détenir donc la totalité des pouvoirs comme hier. La présence de quelques chefs de parti de l’opposition dans le système ne trompe personne quant à leur velléité et à leur capacité de changer quelque chose dans le sens des aspirations populaires aux libertés démocratiques. L’appareil et les méthodes de répression sont juste désactivés pour des raisons évidentes. Ils pourraient être réactivés à tout moment et à tout propos. Comme le disait la CDPA-BT, les élections du 14 octobre ont effectivement donné une nouvelle légitimité au régime au lieu de créer les conditions du changement démocratique.

4- Le parti du pouvoir a la majorité à l’Assemblée. Le contenu de l’APG ne laissait aucun doute sur cette éventualité. Au point que les hommes du régime n’avaient même plus eu besoin d’emporter cette fois-ci les urnes en courant comme en 2005. Les députés du Car et de l’UFC ont à peine coloré l’hémicycle, juste pour qu’on ne parle plus «d’Assemblée monocolore» comme en 1999, en 2003 ou en 2005.

5- Le RPT détient tous les pouvoirs dans cette Assemblée. Celle-ci ne peut pas prendre des décisions allant contre les intérêts vitaux du régime, même des décisions qui ouvriraient seulement la voie à l’alternance démocratique au pouvoir. Par contre, elle prendra volontiers des décisions de nature à pousser encore plus les deux partis de l’opposition parlementaire à l’affrontement selon le vieux principe «diviser pour régner».

IV- L’Assemblée et le changement démocratique

1- Dans cette position, les députés du Car et de l’UFC ne peuvent pas peser lourd devant le RPT, et donc devant le régime. Ils ne le pourront pas, même s’ils parvenaient à définir une politique commune d’opposition parlementaire, ce qui n’est d’ailleurs pas évident. Ils ne peuvent donc rien changer dans le sens de la démocratisation du système politique. Ils ne peuvent rien d’autre que de se contenter de se faire remarquer dans l’hémicycle par des protestations, des observations, des critiques et des revendications, en sachant très bien qu’elles n’auront aucune suite.

2- Le CAR et l’UFC ont eux-mêmes une haute conscience de cet inégal rapport de force qui ne leur laisse aucune marge de manœuvre à l’Assemblée, comme au demeurant dans le pays réel. Ils ne peuvent ni définir, ni conduire une quelconque politique d’opposition parlementaire. Ils en sont d’autant plus incapables qu’ils ne manquent eux-mêmes aucune occasion de raviver les rivalités sur lesquelles les partis du courant majoritaire de l’opposition ont fondé leur politique et leur pratique d’opposition dès avant la Conférence nationale.

3- Le régime n’a pas donc changé. Et tout son discours et sa pratique politique montrent qu’il n’a pas l’intention d’engager des réformes susceptibles d’ouvrir éventuellement une voie pour la démocratie, ne serait-ce que pour l’alternance au pouvoir. Ce n’est pas pour rien qu’avec toute la charge démagogique dont il est capable, Mr Gilbert Bawara, a pris de haut Gilchrist Olympio pour lui faire comprendre que la réforme de la constitution n’est pas la priorité en un moment où les Togolais sont confrontés à la vie chère. Ces propos du jeune ministre RPT ne sont pas que démagogiques. Ils ont un sens politique profond, quant à la volonté du régime et de son parti de maintenir leur système en place en dépit de tout.

V- La réforme de la constitution, une priorité des priorités

1- Il est pourtant évident et de bon sens que la réforme de la constitution est une priorité des priorités. À elle, s’ajoutent, tout aussi urgentes, celle de la Cour constitutionnelle, celle du système judiciaire, celle de l’armée et, au-delà, des forces de sécurité dans leur ensemble, celle de l’administration générale… La redéfinition des rapports Etat/population, en l’occurrence, des rapports de la police et des autres forces de sécurité avec les individus est aussi une urgence.

2- La réforme de la constitution devrait d’ailleurs être le premier point de l’agenda du 12e dialogue dans la mesure où tout le monde sait que la constitution de 2002 était taillée à grands coups de hache pour transformer le régime en une monarchie constitutionnelle héréditaire afin de le pérenniser. Pour cette raison, il est inconcevable que les partis de l’opposition représentés au 12e dialogue aient accepté de faire de la réforme de la constitution une prérogative d’une future Assemblée nationale que des dispositions surprenantes de l’APG avaient préparée pour être dominée par le RPT.

3- Seule, la réforme de la constitution peut ouvrir la voie aux autres réformes urgentes. Et c’est par elle que les Togolais peuvent prendre la mesure de la volonté du pouvoir en place d’opérer le changement du régime. La bonne volonté de Faure ne suffit pas, à supposer même qu’il en ait une pour réaliser le changement du système. Et les mesures du genre célébration du 27 avril, ou la Commission «Vérité-Réconciliation» ou encore la «réforme de l’armée» ne trompent personne.

4- Le régime en place n’entreprendra jamais, et de lui-même, les réformes essentielles devant engager le pays dans la voie d’une gestion démocratique de l’Etat et de la société. Cela se comprend bien. Le régime et son parti ne se sentiront obligés de le faire que sous la pression d’une opposition démocratique forte.

VI- Une opposition extraparlementaire forte et bien structurée

1- Dans une situation politique normale, c’est à l’opposition parlementaire d’exercer cette pression sur la base d’une politique d’opposition cohérente. Mais l’inégal rapport des forces à l’Assemblée comme dans le pays réel rend l’opposition parlementaire togolaise impuissante et inefficace. De plus, les rivalités traditionnelles entre les deux chefs de l’opposition parlementaire et les antagonismes vivaces qui les opposent irréductiblement ne laissent aucune chance à l’élaboration, par eux, de quelque chose qui pourrait ressembler à une politique d’opposition parlementaire.

2- Ce sont ces raisons qui ont, dès le lendemain des élections du 14 octobre 2007, conduit la CDPA BT à en appeler à la constitution d’une opposition extraparlementaire forte et structurée. L’idée de cette opposition extraparlementaire n’a pas été comprise. Dans ce contexte de rivalités pour le pouvoir ou pour la première place, certains l’ont interprétée comme une proposition visant les deux partis représentés à l’Assemblée. D’autres ont cru voir dans la proposition un regroupement des partis politiques non représentés à l’Assemble, un regroupement incluant même des partis qui ne se sont jamais proclamés de l’opposition.

3- Dans un cas comme dans l’autre, il s’agit d’interprétations erronées. La CDPA-BT ne rivalise avec personne pour le pouvoir, ou pour la première place au sein de l’opposition. Et la CDPA-BT n’ira jamais passer une alliance avec des partis «ailes marchantes» du RPT, ou avec des partis aux orientations politiques floues, juste pour le pouvoir ou pour un poste ministériel dans le régime en place. Les Togolais ne se sont pas insurgés et n’ont consenti ces immenses sacrifices, juste pour que Eyadema accepte de «partager» son pouvoir avec quelques chefs de l’opposition ou d’en faire des ministres de seconde zone dans son cabinet. Le mot d’ordre jusqu’à la veille de la Conférence nationale était le «départ d’Eyadema», entendu comme la fin du régime de dictature dans le pays, qu’il soit militaire ou civil.

VII- Le Mouvement de la Force Alternative d’Opposition: MFAO

1- Dans ces conditions, il importe que la CDPA-BT clarifie ici l’idée d’opposition extraparlementaire et ses implications en termes d’un MFAO:

a- L’opposition extraparlementaire ne regroupe pas seulement des partis politiques d’opposition, qu’ils soient ou non représentés à l’Assemblée. Elle regroupe la masse de tous ceux qui estiment que l’objectif de la démocratisation n’est pas atteint et qu’il faut, par conséquent, poursuivre sans relâche le combat politique engagé. Nous ne parlons pas en termes de «coalition» de partis politiques, mais en termes d’organisation de masse sous la forme d’un vaste mouvement.

b- L’opposition extraparlementaire inclus les partis représentés au parlement (l’opposition parlementaire) à condition qu’ils soient d’accord sur le constat que le Togo n’est pas encore devenu un pays démocratique, qu’il ne s’agit donc pas d’y «consolider la démocratie», mais de continuer de se battre pour l’instaurer.

c- Le vaste mouvement national apporte naturellement un appui décisif à l’opposition parlementaire, à condition que celle-ci se donne une véritable politique d’opposition parlementaire, que la définition de cette politique ne soit pas orientée par des ambitions des seuls chefs de partis, et qu’elle soit le prolongement à l’Assemblée d’une opposition massive dans le pays réel. De plus, il faut que cette politique soit définie de façon consensuelle dans le cadre de ce vaste mouvement national. Il est clair que nous ne pouvons plus continuer de marginaliser la force potentielle que représente la masse des opposants pour le processus de démocratisation; que nous avons donc le devoir de l’organiser pour la cause commune.

d- Enfin, ce vaste mouvement national, c’est ce que la CDPA-BT avait commencé à désigner depuis quelques années, sous le nom de «Mouvement de la Force Alternative d’Opposition» MFAO). Comme on le voit, le MFAO n’est pas un parti politique de plus, mais un vaste Mouvement où chacun de ceux qui veulent réellement le changement démocratique peuvent, doivent, doivent pouvoir trouver une place pour agir ensemble comme une force organisée dont on doit tenir compte.

Messieurs les journalistes, Honorables invités, chers compatriotes. Voilà le message que la CDPA BT veut vous délivrer, et à travers vous à tous ceux qui s’interrogent, posent ou se posent des questions, s’inquiètent de l’avenir du pays. Le régime Eyadema n’a pas changé. Aucune perspective d’alternance politique n’apparaît à l’horizon.

En admettant même que le Togo soit devenu par miracle un pays démocratique, il faut dans le pays réel une opposition capable de contrôler l’action des gouvernants, de quelque bord qu’ils soient au demeurant. Mais le Togo n’est pas devenu un pays démocratique. Il ne s’agit donc pas d’y «consolider la démocratie», mais poursuivre la lutte d’opposition pour instaurer les libertés démocratiques.

Merci de votre attention.


Lomé, le 10 juin 2008
La CDPA-BT
Le Premier Secrétaire
Prof. Emmanuel Gu-Konu

Convention Démocratique des Peuples Africains - Branche Togolaise (CDPA-BT)
Site internet: http://www.cdpa-bt.org
Courriel: cdpa-bt@cdpa-bt.org
BP 13963; Tél./Fax: 250 86 88/ 225 38 46; Fax: 225 38 46; Lomé - Togo
 

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