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DE LA CDPA… À LA CDPA-BT: Une mise au point nécessaire

(CDPA-BT,   www.cdpa-bt.net,  Lomé, Togo,  28 juin 2008)


Le Bureau Exécutif National de la CDPA-BT avait déjà déclaré à plusieurs reprises dans des communiqués de presse que la CDPA-BT n’est pas la CDPA, afin de lever la confusion si souvent entretenue dans l’opinion entre les deux partis. La situation créée depuis la fin du 12e dialogue, notamment la présence de la CDPA dans le Gouvernement dit d’union nationale, puis dans le présent Gouvernement sous la houlette de Faure Gnassingbe, est un argument de poids qui devrait lever définitivement la confusion. Mais comme celle-ci semble persister dans certains esprits, le Bureau Exécutif National a jugé nécessaire de faire une mise au point un peu plus détaillée, en attendant d’apporter par la suite d’autres informations et d’autres clarifications qui pourraient s’avérer nécessaires.
La CDPA-BT n’est pas la CDPA.
Nombreux sont ceux qui confondent les deux partis. Ils ont raison. Les deux noms se ressemblent et la CDPA-BT apparaît pour beaucoup comme une section de la CDPA. Des journalistes ont encore posé la même question lors de la conférence de presse tenue par la CDPA-BT le 10 juin 2008 au Centre communautaire de BE. Il faut continuer d’expliquer pour mieux informer.

Ceux qui ont créé la CDPA-BT avaient commencé par créer la CDPA en 1988. L’objectif visé était triple: 1- Comme le régime liberticide avait bloqué toute possibilité d’expression, il faut commencer à créer dans la clandestinité un parti de masse pour montrer à la population que quelque chose est encore possible. 2- Poursuivre la lutte clandestine contre le régime de dictature militaire instauré par la junte avec Eyadema à sa tête. 3- Mener de front le travail d’organisation, de sensibilisation et de mobilisation indispensables pour réaliser les deux premiers objectifs.

Les trois objectifs sont intimement liés. On dirait même par des rapports dialectiques: La lutte clandestine ou ouverte contre le régime favorise l’organisation du parti de masse; et l’organisation du parti de masse renforce la lutte pour la fin du régime de dictature. La réalisation de l’un et l’autre de ces deux premiers objectifs est impossible sans un travail intense d’organisation, de sensibilisation et de mobilisation politique.

La plateforme politique sur laquelle le parti (la CDPA) est fondé s’appelle l’Alternative, un document rédigé par le prof. Emmanuel Gu-Konu en 1987 et adopté par le petit groupe des fondateurs du parti (la CDPA) en 1988. L’Alternative exprime clairement ces trois objectifs et, dans leurs grandes lignes, les principes et les modalités de leur réalisation.

Mais dès que le travail politique clandestin a commencé à porter ses premiers fruits en termes d’agitation politique, certains membres du groupe fondateur ont proposé d’aller chercher les moyens d’un coup d’État, pour aller vite. Certains d’entre eux avaient même dit, à l’appui de cette proposition, qu’ils ne voulaient pas mourir clochards! C’était remettre totalement en cause les principes et les orientations politiques exprimés dans l’Alternative, la plateforme politique du parti qu’on venait de fonder.

Naturellement, le groupe fondateur de la CDPA n’a pas pu établir un consensus sur la proposition. Cette divergence de vue, fondamentale sur ce qu’il faut faire et comment il faut le faire, est à l’origine de la scission du groupe. Ceux qui sont restés fidèles aux principes et aux orientations politiques de l’Alternativee se sont vus obligés d’aller créer la CDPA-BT en mars 1990. En effet, il était devenu indispensable de recentrer la lutte clandestine et la construction du parti d’opposition sur les principes et les orientations de base de la plateforme politique.

Après la scission, la CDPA est alors tombée en état de léthargie. De son côté, la CDPA-BT a poursuivi le travail et a fait son congrès statutaire à Koforidua (Ghana) dans la clandestinité. Le travail clandestin conduit depuis mars 1990 s’étant traduit dans le pays par l’intensification de l’agitation politique (les manifestations de rue et les grèves à partir de 1990), ceux qui avaient préféré la voie du putsch par commando interposé se sont mis à chercher un leader au Togo pour les représenter.

Ils se sont ainsi adressés à Léopold Gnininvi, qui a accepté l’offre. Le 16 mars, pendant que les étudiants étaient en grève, le professeur Gnininvi s’est résolu à «franchir le Rubicon» en prenant la tête de la CDPA. Pour sa part, la CDPA-BT aura tenu, dans la clandestinité à Koforidua (Ghana) son Congrès statutaire les 1-3 mars 1991.

Alors, pourquoi n’avoir pas changé de nom pour éviter la confusion? Une première raison se trouve dans un fait simple: si Mr Gnininvi et ses amis politiques restés au Togo (et qui en réalité ne savent rien de la création de la CDPA) n’avaient pas accepté l’offre de ceux qui cherchaient un leader, et s’il n’avaient pas joué le rôle d’une bouée de sauvetage pour le compte d’une CDPA tombé en léthargie depuis la scission, ce parti aurait depuis longtemps disparu de la scène politique togolaise, comme beaucoup de ceux qui se sont créés dans la précipitation à partir d’avril 1991, juste pour pouvoir participer à la Conférence nationale afin de se positionner pour le partage du gâteau.

Dès lors, il n’y aurait plus que la CDPA-BT sur la scène politique. Nous savions cela grâce à la connaissance intime que nous avons des membres du groupe fondateur.

Par ailleurs, même tombée en léthargie, la CDPA existait tout de même à l’époque. Le nouveau parti (la CDPA-BT) ne pouvait pas continuer lui aussi d’utiliser le même nom. Nous avons alors ajouté la «Branche togolaise» conformément à l’esprit et la lettre de l’Alternative, le manifeste du parti, pour faire la différence, afin de ne pas perdre tout le capital politique que nous avons engrangé en peu de temps sur le nom «CDPA» à travers un travail politique clandestin intense. Dans tous les cas, on voit aujourd’hui ce qu’est devenue la CDPA.

La seconde raison est plus essentielle. Le nom «Convention Démocratique des Peuples Africains» retenu par le groupe fondateur sur proposition du Prof. Gu-Konu, n’est pas une simple dénomination. C’est tout un programme politique.

L’ambition politique justifiant au fondement de ce programme n’est pas que nationale. Elle est aussi régionale. Son champ d’action couvre cette Afrique de l’Ouest de plus de 7 millions de Km2 et de près de 270 millions d’habitants, morcelés en 16 États dont la plupart sont en réalité des micros États sans grande viabilité. Ces États ont formé la CDEAO depuis le 28 mai 1975. Dans cet espace régional de la CEDEAO, les problèmes politiques, économiques et sociaux sont de même nature dans chacun des États. Ce sont partout des problèmes de démocratie, de domination étrangère, de mauvaise gouvernance, de développement en termes surtout d’industrialisation, d’organisation sociale et culturelle.

Aucun de ces États ne pourra résoudre ces problèmes chez lui, tant qu’il continuera de s’enfermer dans ces pseudo-frontières nationales, et s’il n’accepte pas de se mettre ensemble avec les 15 autres pour permettre l’émergence d’un espace politique, économique, social et culturel unifié. Dans leurs natures et dans leurs orientations politiques actuelles, les États Ouest Africains d’aujourd’hui ne pourront jamais réaliser ce dessein. La CEDEAO est une démonstration lamentable de cette vérité.

La construction d’un espace ouest-africain unifié d’un point de vue politique, économique, social et culturel n’est donc possible qu’avec une participation populaire massive et consciente. Cela suppose une organisation, dans ce but, de la population dans chacun des 16 pays de la région. Par ces temps de revendication populaire de la démocratie en Afrique, ce travail d’organisation revient avant tout aux partis d’opposition.

Cela signifie que dans ce contexte spécifique à l’Afrique, les partis politiques d’opposition ne doivent pas s’enfermer dans les limites étriquées de leurs pays respectifs, y avoir les yeux braqués sur le pouvoir et les postes à prendre tout de suite. Ils ne doivent pas être des partis étroitement nationaux. Ils doivent au contraire s’efforcer d’être des formations à caractère régional ouest-africain, dans l’esprit de ce que fut le RDA dans les premières années de sa création.

C’est dans cet esprit que la CDPA avait été créée avant d’être vidé de son essence panafricaniste et de parti de masse, puisque transformé en un parti étroitement national et élitiste par sa direction actuelle (Voir l’Alternative, p. 46). C’est dans cet esprit que nous avons également créé la CDPA-BT après la scission devenue inévitable. L’ambition politique est de faire de la CDPA-BT un parti d’opposition débordant les frontières étriquées et aberrantes du Togo vers d’autres pays de la sous-région ouest-africaine, tout en combattant le régime Eyadema.

La mention «Branche Togolaise» traduit justement cette ambition régionale. S’il y a une «Branche Togolaise» de la CDPA, c’est qu’il est prévu de créer d’autres branches du même parti dans d’autres pays d’Afrique de l’Ouest, ou contribuer tout au moins à la création de partis du même genre dans d’autres pays de l’espace CEDEAO, tout en menant la lutte contre le régime de dictature militaire à l’intérieur des frontières du Togo.

Que les tentatives faites par la CDPA-BT dans ce sens n’aient pas encore réussi à donner quelque chose qui tienne ne signifie pas que l’idée est utopique, et serait donc irréalisable. Elle est seulement difficile à mettre en œuvre.

Mais la lutte politique pour transformer les conditions de vie d’un peuple, a-t-elle jamais été une partie de plaisir?


Fait à Lomé, le 28 juin 2008
Pour la CDPA-BT
Le Premier Secrétaire.
Prof. Emmanuel Gu-Konu

Convention Démocratique des Peuples Africains - Branche Togolaise (CDPA-BT)
Site internet: http://www.cdpa-bt.net
Courriel: cdpa-bt@cdpa-bt.org
BP 13963; Tél./Fax: 250 86 88/ 225 38 46; Fax: 225 38 46; Lomé - Togo
 

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