(CDPA-BT, www.cdpa-bt.net, Lomé, Togo, 10 février 2010)
1- Le régime et sa Cour constitutionnelle ont rejeté la candidature de Kofi Yamgnane. Cette décision ne surprend guère. Elle rappelle bien le cas du rejet de la candidature de Gilchrist Olympio en 1993 et en 1998. Ce n'est pas inutile de le souligner. Et elle rappelle bien d’autres décisions tout aussi arbitraires par lesquelles le régime a tenté, toutes les fois qu’il le peut, de briser la lutte d’opposition pour se maintenir au pouvoir contre la volonté populaire. Le malheur ne date donc pas d’aujourd’hui.
La décision à l’encontre de M. Yamgnane est donc intolérable. Qu’on invalide une candidature avec des arguments défendables, soit. Mais dans le cas d’espèce, la décision relève, comme d’habitude, de l’arbitraire, de l’abus de pouvoir et de la chicanerie.
2- Ceci étant dit, M. Kofi Yamgnane a demandé à Faure Gnassingbe d'intervenir auprès de la Cour constitutionnelle pour que celle-ci répare l’injustice. Une démarche stratégique peut-être, ou une manière de faire semblant? Si M. Yamgnane avait été sur le champ de bataille en 1996, et s’il s’était mêlé activement à la lutte d’opposition à l’époque, il aurait su que la fonction dévolue à la Cour constitutionnelle par Eyadema est de défendre les intérêts du régime et de celui qui le représente, contre “les Opposants”; et qu’en l’occurrence, l’institution ne peut pas décider d’invalider une candidature à l’insu de Faure Gnassingbé.
M. Kofi Yamgnane lance des rappels désespérés "au monde" entier: "le Peuple français, l'Union européenne, les États-Unis " en particulier dit-il. Le courant majoritaire de l'opposition n’a eu de cesse d'en appeler à la "Communauté internationale" à la veille et au lendemain de toutes ces présidentielles pipées d'avance, grâce auxquelles le régime de dictature s'est maintenu au Togo jusqu'à présent. De guerre lasse, certains de ces partis ont heureusement commencé à déchanter depuis 2005.
L'apport des forces démocratiques du monde au succès de la lutte du peuple togolais pour la démocratie n’est pas un droit à revendiquer. Dans tous les cas, il ne peut être qu'un plus. Il ne peut pas remplacer le combat des peuples opprimés pour se libérer de l’oppression et instaurer la démocratie.
La lutte d’opposition contre le régime de dictature est d’abord l’affaire de ceux qui subissent ce régime. Avant toutes choses, il leur revient de s’y impliquer ensemble et avec détermination, et trouver la bonne organisation qui donne de la cohérence et de l’efficacité à la lutte d’opposition, et assure la victoire de la liberté sur le totalitarisme.
3- La CDPA-BT se réjouit d'entendre Kofi Yamgnane exhorter le Peuple togolais à “la résistance contre le pouvoir totalitaire”, comme il le dit si justement. Mais il doit savoir que le Peuple togolais avait déjà engagé la résistance ouverte contre le régime d'Eyadema depuis l’insurrection populaire d’octobre 1990 à travers la masse des opposants. Et il continue de résister à ce régime transmis à son fils depuis le 5 février 2005. La lutte d’opposition n’a pas commencé en 2005 après la mort d’Eyadema mais bien avant.
La résistance se poursuit donc. Mais pour qu’elle ne s'essouffle pas, pour qu’elle ne soit pas détournée de son objectif initial, pour qu’elle ne soit pas dévoyée, pour qu’elle se renforce sans cesse afin de permettre à l’opposition démocratique de réaliser le changement politique, il faut qu'elle soit bien organisée et qu’elle menée par tous ceux qui sont sur le terrain, et fermement soutenue par tous ceux que le régime de dictature a forcé à l’exil.
4- La décision d’invalidation vient s'ajouter à toutes les décisions arbitraires infligées au Peuple togolais par les tenants du régime d’oppression depuis plus de quatre décennies. Elle montre bien que ce régime de dictature n'a pas changé depuis la mort d'Eyadema. Du coup, elle montre que ceux qui n’ont pas cessé, depuis ce temps, de poursuivre la lutte d’opposition sans désemparer et qui demandent sans cesse aux partis d’opposition, aux organisations syndicales, aux organisations associatives, à toute la masse des opposants, de se mettre ensemble pour la poursuive ensemble, ne sont pas malgré tout des hurluberlus, ni des “extrémistes”.
La décision d’invalidation vient s'ajouter à toutes celles qui ont montré, dès la fin de la Conférence nationale, que le chemin qui conduit à l’abolition du régime d’oppression ne passe pas par la compétition électorale entre partis d’opposition pour le pouvoir, ni par des élections pipées d'avance. Elle montre en outre que la participation à ces genres d’élections par des partis d’opposition et des “candidats indépendants” n’est, en fin de compte, qu'une façon d'accompagner le régime de dictature, et forcément de le conforter.
La possibilité d’une telle décision vingt ans après l’engagement de la lutte d’opposition est une preuve supplémentaire du caractère erroné de l'orientation politique imprimée à cette lutte par le courant majoritaire de l’opposition. En s’engageant dans le jeu politique tel qu’il est, en posant sa candidature dans les mêmes conditions que les prétendants traditionnels au pouvoir et en disant qu’il vient, lui, pour “sauver” le Togo, M. Kofi Yamgnane saute de plein pieds dans le courant majoritaire.
5- Enfin, les appels de Kofi Yamgnane au Peuple français, à l'Union européenne, à Obama, de même que son appel à la résistance font, une fois de plus, la preuve que la lutte d'opposition contre un régime de dictature n'est pas l'affaire d'un seul homme, quel qu’il soit-il, mais l'affaire de tous ceux qui subissent l'oppression et veulent s’en libérer.
C'est également la preuve que ce dont le Peuple togolais a besoin depuis le début de sa résistance ouverte contre le régime de dictature n’est pas un libérateur qui lui tombe du ciel, ni un rédempteur. Ce dont il a besoin, c’est une opposition soudée et forte, une bonne politique d’opposition et un cadre d’organisation et d’action politique approprié.
Un cadre où tous les opposants peuvent se retrouver ensemble dans un premier temps, sans distinction d’appartenance politique et sans calcul politicien, pour agir ensemble sur la base d’un programme politique minimum privilégiant le changement politique à tout autre ambition.
6- C’est pour toutes ces raisons que la CDPA-BT avait commencé depuis des années à faire ressortir la nécessité d’une force alternative d’opposition sous la forme d’un mouvement (le MFAO), mouvement dans lequel tous les opposants au régime peuvent se mettre ensemble pour créer les conditions devant rendre le changement politique possible.
En conséquence, la CDPA-BT exhorte une fois de plus tous ceux qui se sont déjà engagés dans le MFAO (Associations MFAO, comme membres isolés) à poursuivre leurs efforts pour la construction du Mouvement.
Fait à Lomé, le 10 février 2010
Pour la CDPA-BT
Le Premier Secrétaire
E. Gu-Konu
Convention Démocratique des Peuples Africains - Branche Togolaise (CDPA-BT)
Site internet: http://www.cdpa-bt.net
Courriel: cdpa-bt.cdpa-bt@orange.fr
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L'oppression se nourrit du silence... et de l'inaction