(Agbéyomé Kodjo, OBUTS, Lomé, Togo, 5 mai 2010)
Il aura fallu deux mois après l'élection présidentielle du 4 mars 2010, pour que
soit intronisé Faure Gnassingbé, en catimini, à l'issue d'une cérémonie
d'investiture sur laquelle planait le poids écrasant de la fraude lors du
scrutin et des violences post-électorales de toute nature qui perdurent depuis
le 4 mars, du fait du pouvoir RPT.
Le
peuple Togolais semble aujourd'hui désemparé, face à l'imposture qui vient de
clore un processus électoral qui a complètement bafoué la démocratie. Je veux
lui dire ici que rien n'est perdu, que l'histoire est pleine d'exemples de
causes justes qui ont triomphé grâce à la détermination de la lutte. Le temps
n'est donc plus un critère!
La
volonté de Faure Gnassingbé de se maintenir à n'importe quel prix, constitue un
camouflet de sa part à l'égard du peuple togolais, mais le désert qui
caractérise la cérémonie pour son investiture, peut être comparé par ricochet à
un énorme camouflet diplomatique à son égard. Le fait qu'aucun pays bailleur
partenaire du Togo, ne soit officiellement représenté ce jour là au niveau
gouvernemental, en dit long sur les doutes qu'ils peuvent nourrir quant à la
régularité de l'élection.
À
côté de la profondeur de l'improvisation démocratique de la classe gouvernante,
qui a fait fi des dispositions de la Constitution de notre pays, la situation
actuelle illustre bien le haut degré d'incertitudes qui prévaut au sein du
pouvoir sortant, qui a dirigé le Togo depuis le 4 mars 2010 de la manière la
plus autiste qui soit, comme si rien ne s'était produit, et comme si depuis
deux mois, de très nombreux citoyens à travers ce pays n'exprimaient pas chaque
samedi leur désir d'alternance politique pour rejeter une gouvernance devenue
en tous points insupportable!
Cette
démarche constitue un «passage en force électoral», aux fins de maintenir la
dictature du statu quo politique. Elle repose sur des résultats électoraux
entachés d'irrégularités constitutionnelles graves, qui ont servi à masquer
l'entreprise de fraude électorale de grande envergure. Les résultats électoraux
auquel le scrutin a donné lieu, impossibles à prouver, sont de nature à
invalider le scrutin du 4 mars 2010. En ce sens, il existe bien réellement, une
conspiration contre le peuple togolais et contre la vérité des urnes.
Contrairement
à ce qu'affirment certains, il n'y a en 2010 pas davantage de politique de
rupture au Togo qu'il n'y en eut en 2005, ni d'ailleurs au cours des cinq ans
de gouvernance économique médiocre du pouvoir sortant. L'impunité est encore
institutionnalisée au Togo.
La
vraie rupture en 2010, est à chercher non pas du côté du pouvoir sortant, mais
justement du côté de la majorité des Togolais, dont la contestation en 2005
avait été étouffée dans l'œuf au prix de plusieurs centaines de victimes
civiles. Aujourd'hui, ils osent affirmer haut et fort, depuis plus de huit
semaines leur désir de ne pas se laisser mener comme des moutons.
Cette
population recherche, par tous les moyens, seule contre la domination des
forces du marché et des trônes politiques, à obtenir par les voies pacifiques,
ce que la contre-vérité des urnes lui a refusé: une alternance politique qui
reflète leur volonté afin d'ouvrir la voie à une gouvernance au service du
peuple et du développement du Togo.
Avec
d'un côté, l'investiture d'un président qui ne peut se prévaloir d'aucune
légitimité obtenue dans les urnes - pour des raisons déjà maintes fois
exposées, confirmées par le premier rapport intermédiaire de la Mission
d'Observation électorale de l'Union européenne -et de l'autre un niveau de
contestation populaire grandissant qui ne faiblit pas et fait tâche d'huile
dans tout le pays, nonobstant la répression et le déploiement des militaires
comme le 02 mai dernier à Sokodé; la situation du Togo en 2010, tranche
singulièrement avec celle de 2005, et fait la démonstration d'une résistance
citoyenne!
Le
Togo arrive bien aujourd'hui à la croisée des chemins: confirmer la
contrevérité des urnes ou alors dans un élan courageux, opter pour le retour à
la vérité des urnes. Certains sont contraints de fonder leur décision en tenant
compte du choix des populations.
Des
millions de filles et de fils du Togo tout entier ont:
- manifesté pendant
deux mois,
- ssuyé les coups
de boutoir des forces gouvernementales;
- compté leurs
blessés et des réfugiés politiques à l'étranger,
- continué à
réclamer la libération de prisonniers politiques Togolais, ceci sans jugement
alors qu'ils sont présumés innocents,
- subi la brutalité
d'une police togolaise qui a pour mission première de «chicoter», voire
d'intimider par des délits graves, ceux qui clament le retour de la vérité des
urnes.
Ce
lundi 3 mai 2010, a sonné comme l'heure de vérité qui va permettre de clarifier
le jeu politique de notre pays, en désignant ceux qui travaillent réellement
pour les intérêts du peuple togolais. Chacun va se trouver désormais en face de
ses responsabilités. A partir de ce lundi, chacun devra abattre clairement son
jeu et choisir son camp: pour
la vérité des urnes ou pour la contrevérité des urnes.
À lusieurs reprises ces dernières semaines, j'ai eu l'occasion en diverses
circonstances d'avertir nos compatriotes sur le sens de la nouvelle mascarade
qui s'est déroulée ce lundi 3 mai 2010. J'ai alerté sur les risques et le
danger que constitue l'instauration d'un Gouvernement d'Union Nationale (GUN)
surtout si l'on tient compte des expériences passées où le Togo n'a été géré
que par un GUN incomplet du fait du refus de l'Union des Forces du Changement
d'y participer par manque de liberté d'action.
Avec
la démission du premier ministre Fossoun Houngbo, nous réitérons avec force
notre proposition d'un GOUVERNEMENT DE TRANSITION, à terme et à mandat précis,
pour organiser de nouvelles élections dans la transparence la plus absolue,
dans lequel tous les partis ayant concouru à la présidentielle du 4 mars 2010seront représentés!
Nous
continuerons en tout cas à lutter pour que l'on ne puisse pas se servir de
notre Peuple résolu et courageux, comme d'un terrain d'expérimentation, tout
ceci dans une totale impunité. Il s'agirait là d'une véritable déloyauté envers
notre Mère Patrie et tous nos martyrs!
Le
1er mai 2010, les travailleurs ont rappelé leurs conditions désastreuses de
travail et de vie, en faisant mémoire de leurs revendications de 2007, 2008 et
2009 restées insatisfaites. Ils ont aussi fait remarquer que le relèvement à 100 % du SMIG, est encore
largement insuffisant et ne tient pas compte de la réalité de la cherté de la
vie, et exigé à nouveau la gratuité de la césarienne dans les centres
hospitaliers publics, proposition qui figurait dans notre programme.
Il y a longtemps
que l'accord tripartite de 2006 a volé en éclats, et que le dialogue social est
inexistant dans ce pays. C'est pourquoi, je me suis aussi adressé le 1er mai à tous les travailleurs togolais, pour leur dire ma conviction que leur
bien-être repose tant sur la vérité des urnes que sur la vérité des comptes
publics; que le Togo doit pouvoir aider sa population à accéder à des emplois
décents et des activités productives, et les inviter à rallier massivement le
combat que nous menons, porteur de ces valeurs.
Ce
message est aujourd'hui plus vrai que jamais! Qui peut demain s'ériger devant
le combat légitime d'un peuple qui lutte pour la revalorisation des salaires,
la justice sociale, la santé et l'éducation pour tous, la transparence de la
gouvernance, la vérité des comptes publics, la démocratie véritable, et
finalement la vérité des urnes?
Pour
éviter de voir se dérouler un vaste mouvement de revendication le jour de
l'investiture proférée en catimini, sous les yeux des caméras et de la presse
locale et internationale, les manifestations ont été interdites en semaine et
aussi en dehors de la capitale Lomé, contrairement à ce qui est autorisé par la
Constitution togolaise. Cette crainte du pouvoir de l'ampleur de la
revendication populaire en dit long sur la justesse de la Résistance Citoyenne!
J'appelle
les travailleurs togolais lassés de soumettre au pouvoir des doléances qui sont
aussitôt ignorées, à rejoindre le vaste mouvement de revendication qui traverse
le pays tout entier. Nous devons continuer à manifester pacifiquement notre
mécontentement et notre volonté d'aller vers la vérité des urnes, samedi
prochain et dans les semaines qui suivront.
Rien
n'est définitivement joué, et encore moins dans le contexte politique actuel de
notre pays! Nous devons tous ensemble maintenir inlassablement la mobilisation
au niveau de l'ampleur des changements nécessaires pour commencer à résoudre
les graves problèmes qui caractérisent la situation de notre pays et sont à la
base de la déshumanisation de millions de togolais! Libérer le Togo de la
misère et de la servitude, telle est la raison d'être du combat d'OBUTS!
En
avant la Résistance citoyenne, et que Dieu bénisse le Togo et chacun de ses
enfants!
Fait à Lomé, le 5 mai 2010
Le Président National d'OBUTS,
Agbéyomé Kodjo