(CDPA-BT, www.cdpa-bt.net, Lomé, Togo, 7 août 2010)
Les élections du 4 mars 2010 font profiler à l’horizon de nouvelles incertitudes. Leur nature est différente de celles créées par les scrutins présidentiels précédents. À chaque fois, la contestation des résultats proclamés avait conduit à un cycle de dialogues qui ont toujours plongé l’opinion dans des périodes plus ou moins longues d’incertitudes.
Le scrutin du 4 mars a introduit sur la scène politique une situation nouvelle: les conditions inacceptables dans lesquelles les partis du courant majoritaire de l’opposition ont accepté malgré tout de participer aux élections ont rendu impossible l’ouverture d’un nouveau cycle de dialogue-facilitation, bien que les résultats proclamés sont toujours contestables. Les incertitudes se trouvent désormais dans les développements de la crise provoquée au sein de l’UFC par les conditions de la désignation inopinée de Jean-Pierre Fabre comme candidat et par les modalités de la création du FRAC et dans l’entrée de Gilchrist Olympio et de sa tendance UFC-Olympio dans le gouvernement.
Dans cette nouvelle situation politique, que va devenir l’UFC avec ses deux tendances opposées? Que vont devenir Gilchrist Olympio et sa tendance UFC-Olympio dans le gouvernement présidé par Faure Gnassingbe? Que va devenir ce qu’on peut dorénavant appeler l’UFC-FRAC, tendance dirigée par les anti-olympistes de l’UFC et leurs associés de Sursaut-Togo, de l’ADDI et autres?
Autant de questions chargées d’incertitudes nouvelles qu’il importe d’analyser dans la sérénité pour tenter de voir ce que l'avenir réserve à l’opposition démocratique togolaise. Et naturellement en tirer les conclusions qui s’imposent pour la poursuite impérative de la lutte pour la démocratie au Togo.
I- Que va devenir l’UFC?
La CDPA-BT ne saurait se réjouir de la situation chaotique dans laquelle l’UFC s’enfonce chaque jour davantage. Au contraire, elle la déplore. Quelle que soit la nature des incohérences politiques, elle estime que dans la lutte commune contre le régime de dictature, tout ce qui affaiblit un parti d’opposition, affaiblit forcément l’opposition toute entière; et qu’aucun opposant ne peut se réjouir de voir un parti d’opposition se retrouver dans le fossé ou, à plus forte raison, le voir avec plaisir rejoindre le régime, armes et bagages.
Qu'on le veuille ou non, les conditions de la désignation de J-P Fabre comme candidat aux présidentielles, les modalités de la création du FRAC et toute la surenchère organisée pour tenter de détruire l'image politique de Gilchrist Olympio, ont irrémédiablement créé une crise profonde au sein de l'UFC. Ce parti est désormais divisé en deux tendances en conflit pour le pouvoir: la tendance UFC-Olympio et la tendance UFC-FRAC. Comment ces tendances aux intérêts contradictoires vont-elles évoluer sur la scène politique, et qu’adviendra-t-il par conséquent de l’UFC elle-même?
La question mérite attention. Car, l’UFC a surexploité le mythe de Sylvanus Olympio pour se faire passer pour le plus grand parti, si non l'unique parti d'opposition dans le pays. Les dirigeants de ce parti n’arrêtent pas de le marteler. Au point qu’un grand nombre d’opposants ont mis inconditionnellement leurs espoirs dans ce parti, en espérant, souvent avec une suave naïveté politique, qu’il réalisera le changement politique dans les plus brefs délais? Comment vont réagir tout ce monde au sein de l’opposition? Et cette foule de non affiliés qui vote UFC pour des raisons historiques? Comment va-t-elle se conduire désormais lors des prochaines consultations?
Mais la question mérite attention pour une raison encore plus préoccupante: Depuis que le PDR et la CPP (qui passaient pour être des partis d’opposition) ont officiellement rejoint le régime en 2005, et depuis que la CDPA et le CAR leur ont emboîté le pas en rentrant à leur tour dans un gouvernement présidé par Faure Gnassingbe (2006), une large partie de l'opinion a plus que jamais vu l’UFC comme le seul parti d'opposition qui reste. Après la défection de Gilchrist Olympio, elle risque de sombrer définitivement dans la déception et dans le découragement.
Une partie de cette opinion déçue risque de considérer qu’il faut donc faire avec Faure Gnassingbe, faute de mieux, et pourraient voir dans le premier venu le messie envoyé par Dieu pour sauver le Togo. Pour mesurer l’ampleur de ce dernier risque, il suffit d’écouter les prières par lesquelles l’UFC-FRAC débute ses manifestations des samedis sur la plage, ou d’assister aux séances de prière qu’elle organise tous les mercredis à l’église méthodiste d’Ahanocopé.
Dès les premiers moments de la crise, le président de l'UFC avait émis l’idée d’un congrès extraordinaire prévu pour début juillet 2010. Le congrès fut reporté dans un contexte politique toujours aussi confuse qu’avant. Puis, depuis quelques jours, sans qu’on s’y attende le moins du monde, on apprend que deux congrès de l’UFC auront lieu presque simultanément, le premier le 10 août pour l’UFC-FRAC et le second le 12 août pour l’UFC-Olympio.
Tout se passe ainsi comme si les deux tendances ennemies se sont subitement engagées dans une course de fond pour se réserver chacun la propriété du nom “UFC” à temps, afin d’empêcher la tendance opposée de se l’approprier.
En dépit de toutes les incohérences de la politique d’opposition conduite par la direction de l’UFC depuis 1992, la CDPA-BT a toujours considéré ce parti comme l’un des partis d’opposition avec lequel elle pouvait travailler dans le cadre d’une alliance solide fondée sur une plateforme politique d’opposition sérieuse. Et elle a entrepris tous les efforts pour convaincre la direction de l’UFC d’aller dans ce sens. Mais les incohérences politiques des dirigeants de ce parti ont toujours fait avorter les opportunités qu’on pouvait saisir pour réaliser une telle alliance.
Ces incohérences politiques sont les produits de la vision que ces dirigeants se sont donnée de la lutte d’opposition et de son objectif. Elles sont à l’origine de la crise ouverte au sein de l’UFC par l’annonce de la candidature de J-P Fabre.
Le congrès annoncé par le président de l’UFC au lendemain du scrutin du 4 mars pouvait encore laisser penser que l’UFC allait trouver en elle-même les ressorts nécessaires pour mettre un terme à la crise. Mais il fut reporté sine die, probablement parce que l’entrée de Gilchrist Olympio dans le gouvernement de Faure Gnassingbé a singulièrement compliqué la situation. Elle a entraîné le durcissement des positions respectives en éliminant toute possibilité de rapprochement et en emprisonnant chacune des deux tendances dans une logique de rivalité et de combat fratricide. L’annonce des deux congrès rivaux montre désormais que la crise a atteint un point de non retour.
Que deviendra l’UFC après les deux congrès antagoniques dans un climat de rivalités aussi hostiles? Une unité de l’UFC est-elle encore possible? J-P Fabre et ses amis de l’UFC peuvent-ils encore accepter de se remettre sous l’autorité de Gichrist Olympio? Ce dernier va-t-il accepter le compagnonnage actuel des hommes du FRAC qui ont si activement opéré contre lui par le truchement de la tendance UFC-FRAC? Que feront tous ceux qui sont aux aguets dans l’ombre et regardent toute cette évolution regrettable avec un plaisir à peine camouflé, et se préparent à trier les braises dans la cendre pour se réchauffer?
La CDPA-BT ne saurait se réjouir de cette situation chaotique dans laquelle l’UFC s’enfonce chaque jour davantage. Au contraire, elle la déplore. Quelle que soit la nature des incohérences politiques, elle estime que dans la lutte commune contre le régime de dictature, tout ce qui affaiblit un parti d’opposition, affaiblit l’opposition tout entière; et qu’aucun opposant ne peut se réjouir de voir un parti d’opposition se retrouver dans le fossé ou, à plus forte raison, le voir avec plaisir rejoindre le régime, armes et bagages.
Fait à Lomé le 7 août 2010
Pour la CDPA-BT
Le Premier Secrétaire
E. Gu-Konu
Convention Démocratique des Peuples Africains - Branche Togolaise (CDPA-BT)
Site internet: http://www.cdpa-bt.net
Courriel: cdpa-bt.cdpa-bt@orange.fr
BP 13963; Tél./Fax: 250 86 88/ 225 38 46; 320 30 93; Fax: 225 38 46; Lomé - Togo
L'oppression se nourrit du silence... et de l'inaction